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Nos sources

Aux archives municipales : les matrices cadastrales, les états nominatifs et les réquisitions de la seconde guerre mondiale dossiers série 5 M.

Documentation de Connaissance d’Eysines : souvenirs oraux de Vigeanais.

Le domaine du Mont était une propriété charmante qui jouxtait Eysinoff à l’est et la future rocade à l’ouest. A l’origine celle-ci est prévue comme une route avec des carrefours et non une autoroute avec des bretelles, ponts etc. En 1975, le projet de rocade, avec toutes les infrastructures auxquelles ce genre de voirie est lié, prévoit une bretelle au niveau du domaine. L’expropriation est réalisée. Ce domaine d’une surface d’environ six hectares était constitué de la maison de maître, de bâtiments annexes et d’un parc. La demeure, construite vers 1850, est démolie. Ce qui n’a pas été utilisé pour la voirie est loti dans les années 1980. 

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Emplacement de l’ancien domaine du Mont  (montage Connaissance d’Eysines d’après une vue de Géoportail)

Emplacement de l’ancien domaine du Mont (montage Connaissance d’Eysines d’après une vue de Géoportail)

Création du domaine par Charles Dumon

Avant 1844, M Charles Dumon, demeurant place de la Comédie à Bordeaux achète cinq parcelles auprès de trois propriétaires. Pierre Bert, jardinier au Vigean, vend une vigne de 55,75 ares et une terre de 44,90 ares. Ces deux parcelles constituent une toute petite partie de la propriété de la famille Bert installée depuis longtemps au Vigean et qui a même donné son nom à un lieu-dit. Pierre Eydon, cultivateur au Vigean, vend quant à lui une terre de 37 ares et un pré de 80,10 ares. Enfin, une vigne de 10 ares est cédée par Henry Castaing, raffineur au Vigean, cette parcelle étant limitrophe de la vigne de Pierre Bert et de la terre de Pierre Eydon. Ces parcelles sont situées au sud de la route « de Bordeaux à Soulac » (actuelle avenue du Médoc) et mitoyennes de la propriété de M. Guichenet, qui devient Eysinoff quelques décennies plus tard.

La villa de plaisance n’apparait pas sur le cadastre de 1844 qui lui est antérieur !

La villa de plaisance n’apparait pas sur le cadastre de 1844 qui lui est antérieur !

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M. Dumont fait construire une demeure de plaisance sur la parcelle la plus proche de la route, cette maison possédant une porte cochère et douze fenêtres est terminée en 1854.

Agrandissement et embellissement par Pierre Saulière

Cette propriété de deux hectares et vingt-huit ares est vendue en 1866 à M. Pierre Saulière, négociant demeurant aux 6 et 8 rue des Trois Conils à Bordeaux. Ce nouveau propriétaire agrandit le domaine, transforme la maison de maître et fait construire des bâtiments annexes. Il achète presque dès son arrivée une vigne de 24 ares, en deux fois sur deux années au même propriétaire : Jean Fort.

En 1872, un bâtiment de trois ouvertures est édifié. Puis il fait agrandir la maison qui a en 1877compte vingt-quatre fenêtres.

Entre 1875 et 1878, il acquiert d’autres parcelles de vigne qui jouxtent ses terres et son domaine atteint alors une surface de cinq hectares et demi.

En 1880, on relève une nouvelle construction terminée cette année-là qui comporte une porte cochère et dix fenêtres.

 M. Saulière vend son domaine en 1896 à M. Massart Pierre Philippe Gaston.

 

Début du XXe siècle avec Gaston Massart

Les premières années, de 1896 à 1901, Pierre Philippe Gaston Massart habite avec sa famille au Vigean et nous le retrouvons sur les états nominatifs. En 1896, il a 44 ans et se déclare entrepreneur de travaux publics. Il vit avec son épouse Jeanne Marie Bresson de 37 ans et leurs trois enfants : Pierre Franck 18 ans, Henriette 15 ans et André 1 an . Trois domestiques sont aussi établis sur le domaine : Jean Henri Martin 35 ans, Jeanne Alexandre 27 ans et Marguerite Katty 24 ans, notée africaine. En 1901, M. Massart est négociant en carreaux et ciments, son épouse et André le plus jeune fils qui a alors 6 ans vivent avec lui. Cette fois les domestiques appartiennent à trois familles : Auguste et Maria Gaillandeau, des jumeaux de 26 ans, Auguste est valet de chambre et Maria domestique ; Pierre Carretey 51 ans et son épouse Marie 50 ans sont aussi domestiques, ainsi que Irma Braseille, 27 ans qui vit avec Pierre Béziade 72 ans journalier et son épouse Marie de 62 ans. A partir des recensements de 1906, nous ne trouvons plus la famille au Vigean, mais sur les matrices cadastrales leur adresse est à Bordeaux 148 rue Fondaudège.

M. Massart fait entretenir son vignoble dénommé « Domaine du Mont » ou « Château du Mont » et il est cité dans Bordeaux et ses vins des éditions Ferret en 1898, 1908 et 1929. En 1898 il produit cinq tonneaux et en 1908 trois tonneaux.  Sur les annuaires de la Gironde, nous trouvons le Domaine du Mont en 1911, puis de 1914 à 1920. Enfin, aux archives municipales dans les statistiques des vins de 1913, M. Massart possède 1,33 hectare de vigne qui a produit cette année-là 15,15 hectolitres.

Transition dans les années 1920

En 1920, un nouveau propriétaire Adrien Pierre Magnan de Bruges ne garde le domaine que deux années car en 1922 Anatole Léon Collot, ingénieur né en 1861, vit au Vigean avec son épouse Jeanne née en 1893 et sa belle-mère. Sur les états nominatifs de 1926 il y a une domestique Marie Mathilde Larribé de 33 ans qui vit dans la maison de maître, mais aussi deux ouvriers agricoles logés sur le domaine avec leurs épouses. En 1924, il y a toujours les deux maisons, la maison de maître avec ses vingt-quatre fenêtres, l’autre maison avec ses dix fenêtres et l’écurie-remise est agrandie. En 1926 un pré de 4,70 ares est acheté, la propriété a alors une surface de 5,57 hectares.

Famille bordelaise avec Pierre Moussié

En 1927, de nouveaux propriétaires arrivent. Ils vont rester jusqu’en 1953 : M. Pierre Moussié, né en 1884 à Bordeaux, directeur de la Compagnie d’Importation du Sud-Ouest, son épouse Noélie Fanny Réaut, née en 1890 dans le Rhône et leurs deux fils Jacques 10 ans et Denis André 5 ans tous deux nés à Caudéran. Il y a un chauffeur Marcel Tastet 31 ans, son épouse Mercèdes 21 ans femme de chambre et Françoise Mouget une cuisinière de 53 ans. Alexandre et Marie Lacayre un couple de 70 et 67 ans sont jardiniers et logent sur le domaine. En 1936, la famille est toujours là.

M. Moussié est cette fois directeur d’un négoce de grains, le couple logé dans la maison a changé : Georges Jean-Marie et Hélène Marie Plazy sont « employés » comme valet et jardinier pour l’un et bonne pour son épouse. Alexandre et Marie Lacayre sont encore présents.

Quant au domaine viticole nous n’avons que peu de données. Cependant en 1927 le domaine du Mont est classé dans les Graves avec des cépages Malbec, Merlot, Cabernet et une production de 6,75 hectolitres.

Le 13 juin 1939, le maire est chargé par le préfet de faire la liste des « lieux réquisitionnables », la maison de M. Moussié est décrite ainsi : « maison isolée avec remise, une chambre avec 1 lit, stationnement pour 15 hommes de troupe et 20 chevaux ». Le 3 mars 1941, M. Moussié décède dans sa maison du Vigean, son épouse et ses enfants demeurent toujours dans la jolie propriété. En 1941, le maire est à nouveau missionné pour lister les maisons eysinaises et nous lisons : « Veuve Moussié Fanny, occupation partielle de sa maison ». Le 28 juillet 1942, un état des lieux où résident les troupes d’occupation indique qu’un officier loge dans une chambre chez Mme Moussié.

Dernières années avec François Lesca

En 1953, François Lesca achète le domaine. Il est le petit-fils de Léon Lesca qui fut propriétaire d’un autre château plus ancien, situé sur la place Charleroi. Léon Lesca est le successeur jusqu’à son décès en 1913, de son beau-père M. Godbarge qui a acquis le domaine du Vigean en 1860 de Madame veuve Rödel.

François Lesca habite le domaine avec son épouse et ses quatre enfants. Un des enfants de François Lesca se souvient : « Il y avait de grandes dépendances dont une maison de gardien avec étage, une écurie, une étable, un garage. Il y avait aussi une serre. Et dans le parc, un étang et un petit mont… »

Conclusion

Cette propriété de plaisance créée au milieu du XIXe siècle reste dans la mémoire des Vigeanais comme une belle demeure. Elle est aussi présente grâce aux relations qui ont pu être tissées par les habitants avec les deux dernières familles qui y ont vécu. Chacun, en fonction de son âge, se remémore les « enfants » Moussié ou Lesca.

Ce domaine fut donc un domaine habité et entretenu semble-t-il avec beaucoup de soin par ses divers propriétaires durant environ cent vingt années mais qui n’a, lui aussi, pas survécu à nos années de destruction de la fin du XXe siècle…

Marie-Hélène Guillemet et Elisabeth Roux

Tag(s) : #Histoire
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