Nous étions une centaine de personnes samedi 15 novembre 2025, à la Grange de Lescombes, pour assister à la projection d’un documentaire suivi d’un moment d’échange. Ce film d’une cinquantaine de minutes, a été réalisé par Michel Legros avec la complicité de Dany Lacrampette, Sylvie Maire et Florence Viaud, tous quatre administrateurs de Connaissance d’Eysines. Munie d’une série de questions, l’équipe est allée à la rencontre de quelques Eysinaises et Eysinais pour recueillir leurs témoignages directs ou leurs souvenirs sur la vie des maraîchères de notre ville. Certes, toutes nos maraîchères, leurs enfants et leurs familles n’ont pas été interviewés puisque ce ne sont que onze témoignages qui ont été recueillis. Cependant, les vies ont souvent été similaires et nous pouvons donc penser que cette projection offre une vision assez réaliste du quotidien de nos maraîchères au cours du XXe siècle.
Les thèmes abordés au cours de ces entretiens tournent autour de trois axes : la journée-type d’une maraîchère, son rôle dans les différentes étapes de l’activité agricole : culture, commercialisation des produits …, le statut de la femme dans l’exploitation et son évolution.
Tout d’abord, la parole est donnée à quatre maraîchères ayant exercé cette activité de longues années : Mmes Eyquem Lolita et Cathy sa belle-fille, Mme Bos Liliane et Mme Lambert Nadine.
Lolita Eyquem, arrivée avec sa famille espagnole en février 1939, a travaillé au jardin après son mariage et a assuré la vente au marché des Capucins pendant cinquante ans. Elle a apprécié le travail diversifié : les semis, l’entretien des règes, la cueillette, la vente…
Liliane Bos après la naissance de ses enfants a choisi le travail au jardin avec son mari tout simplement pour pouvoir préserver un peu de sa vie de famille. Cela a été facilité par le type de commercialisation choisi. En effet, pendant de longues années, Roland a livré les légumes à des grandes surfaces : successivement Carrefour, puis Leclerc Saint Médard et Bruges.
Cathy Eyquem a travaillé au jardin avec son mari mais elle s’est occupée aussi de la comptabilité. Ils ont décidé ensemble du choix des productions et de la vente pour rentabiliser au mieux leur exploitation. Par contre, elle n’est pas allée aux Capucins car ils vendaient à un mandataire de Brienne dans les années 80.
Nadine Lambert a elle aussi choisi après son mariage et la naissance de ses enfants le travail sur l’exploitation auprès de son mari et de ses beaux-parents dans un premier temps. Elle raconte que lorsque les enfants étaient bébés, installés dans leur couffin, ils prenaient place à côté d’eux au jardin même sur la planteuse à pommes de terre. Puis à l’âge scolaire ils étaient déposés le matin à l’école, mangeaient à la cantine et rentraient le soir dans le bus du ramassage scolaire conduit par leur grand-père…Nadine et son mari ont préféré la vente au détail sur l’exploitation plusieurs fois par semaine et au marché des Capucins le samedi matin.
Ces quatre maraîchères évoquent donc pour des époques différentes, un sentiment de vie équilibrée, heureuse, partagée avec leur époux dans une atmosphère de travail intense mais où la vie de famille restait centrale. Les travaux étaient divers des semis à la vente : toutes évoquent les journées organisées en fonction des saisons, la beauté de la croissance des plantes, les relations avec la clientèle…Un beau travail même s’il fut dur permettant un accord entre activité, vie de couple et vie familiale.
Viennent ensuite les témoignages d’enfants et de neveux de maraîchères.
Sylvie Maire, fille de jardiniers raconte la vie de sa maman qui, à son mariage, devient maraîchère, salariée de l’entreprise. Sylvie souligne aussi l’évolution de la profession qui a laissé plus de temps au fur et à mesure des années à la vie de famille. Le choix d’une revendeuse pour la commercialisation permettait une livraison en fin de journée et une maman présente en soirée et le matin au réveil ! Ce travail soumis aux aléas des saisons a créé une atmosphère respectueuse de la nature et des hommes, ses parents lui apprenant ces belles valeurs.
Guy et Jean-Claude Lespitaou ayant perdu leur maman, leur tante Marie Argillos s’est occupée d’eux tout en exerçant la profession de maraîchère, gérant à son propre nom l’exploitation. Tous deux parlent avec beaucoup d’amour, de respect et d’admiration de leur tante.
Jean-Marie Campet fils de maraîchers se souvient de la dure vie de sa maman même si les travaux confiés aux femmes étaient minutieux alors que ceux de force étaient réservés aux hommes. Il précise que les femmes de cette époque se consacraient aux travaux de la maison (cuisine, ménage, responsabilité des enfants, etc…) en plus du travail au jardin.
Bernard Lacrampette raconte la vie de ses parents qui partageaient les travaux au jardin, car sa grand-mère restait à la maison pour gérer les repas, les travaux domestiques et la présence auprès de lui.
Francine Bourguinat, descendante de maraîchères nous fait revivre ses souvenirs en particulier autour de
Claudine Mondon née Dupin, son arrière-grand-mère. Elle évoque aussi outre les thèmes cités plus haut, le sujet des loisirs, de la santé des femmes…
Le film terminé, les « acteurs du documentaire » s’installent face au public ; quelques personnes prennent la parole. Des enfants ou petits-enfants de maraîchères disent combien ils admirent leur mère pour ce travail mais aussi pour la vie qu’elles leur ont offerte ! Tous les regards sur ces vies de maraîchères disent l’admiration pour le dur labeur exercé. Francine rappelle l’évolution de leur statut d’épouse employée « bénévolement » jusqu’à leur statut d’employée ou d’exploitante, etc…
Les échanges continuent en petits groupes autour de la table garnie de délicatesses sucrées et de boissons, dans une joyeuse ambiance conviviale et amicale.
Chacun peut aussi consulter avec attention le mur est de la Grange, occupé par un rouleau de treize mètres sur lequel est inscrite la descendance directe du couple Pargade-Béchade marié en l’An II. Ce précieux document a été réalisé par Mme Lechenné dans les années 1990. Chaque famille eysinaise y a retrouvé quelques ancêtres. Nous remercions Sylvie Lacave de ce prêt qui a contribué à compléter cet après-midi de souvenirs.
Cette agréable rencontre se termine vers 17 heures.
Nous remercions Michel pour son initiative et ses « drôles de dames » pour leur implication dans ce projet. Nous remercions aussi tous ceux : Eysinais, élus, adhérents de Connaissance d’Eysines et d’associations amies, simples auditeurs… qui ont partagé avec nous cet après-midi fort intéressant et émouvant.
Marie-Hélène Guillemet, Elisabeth Roux
/image%2F0863527%2Fob_d754bc_100-0770.jpg)
/image%2F0863527%2F20251202%2Fob_f2668b_affiche.jpg)
/image%2F0863527%2F20251202%2Fob_d2331f_2.jpg)
/image%2F0863527%2F20251202%2Fob_3c1214_4.jpg)
/image%2F0863527%2F20251202%2Fob_612863_8.jpg)
/image%2F0863527%2F20251202%2Fob_feb253_9.jpg)
/image%2F0863527%2F20251202%2Fob_1cd3b0_14.jpg)
/image%2F0863527%2F20251202%2Fob_dc6297_16.jpg)
/image%2F0863527%2F20251202%2Fob_9f532d_5.jpg)