Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

L’église et la Taule du Luc, lithographie des années 1830-1840

L’église et la Taule du Luc, lithographie des années 1830-1840

Tous les textes en italique sont extraits des dossiers consultés et relevés, sans ajout. Les points de suspension signalent une interruption partielle des relevés.

L’étude des différents textes relevés aux archives départementales (comptes-rendus des visites épiscopales, documents divers des séries E et O), aux archives municipales (délibérations du conseil municipal et arrêtés du maire), au presbytère d’Eysines (registres des délibérations du conseil de fabrique et ceux de ses comptes) nous permettent de décrire l’extérieur et l’intérieur de l’église entre 1604 et 1857. Les notes archéologiques de Léo Drouyn accompagnant son dessin de l’église dans le livre « Léo Drouyn en Médoc » aux Editions de l’Entre-Deux-Mers, ainsi que les commentaires de Michelle Gaborit d’après les dessins de Léo Drouyn ont complété nos recherches.

Nous remercions l’équipe paroissiale de l’église Saint Martin de nous avoir permis de relever les dossiers de la fabrique d’Eysines, les Editions de l’Entre-Deux-Mers pour les textes et le dessin de Léo Drouyn ainsi que pour les commentaires de Michelle Gaborit extraits du livre : vol. n° 10 de la collection « Léo Drouyn en Médoc, les Albums de dessins », pages 59 et 60.

Merci à Martine de l’association Porte du Médoc pour l’acte ci-dessous.

Nous débutons ce récit par la « prise de possession de l’église » lors de la nomination du nouveau curé,  Pierre Devignes, le 5 janvier 1769. Cette « prise de possession » est tout à fait semblable à celle des seigneurs acquérant leur bien durant l’Ancien Régime. « Aujourd’hui cinquième du mois de janvier 1769 après midy pardevant le notaire royal en Guienne soussigné résidant à Blanquefort, pressentis des témoins bas nommés fut présent M. Pierre Devignes prêtre docteur en théologie ancien curé de la paroisse de Cestas du présent diocèse pourvu du titre de l’église paroissiale Saint Martin d’Eysines en date du 30 décembre de l’année dernière 1768 qui luy a été donné par Monseigneur Illustrissime et Révérendissime De Lussan archevêque de Bordeaux primat d’Aquitaine conseiller du Roy en tous ses conseillers lequel sieur Devignes en vertu du titre à luy accordé a requis nous notaires de nous transporter dans la présente paroisse d’Eysines pour le mettre en possession de la maison curiale cour jardin et autres lieux en dépendant ensemble de l’église dans laquelle nous sommes transportés que ledit sieur Devignes a ouvert et fermé, de là nous sommes rendus dans la sacristie où ledit sieur Devignes s’est revêtu d’un surplis et d’une étole ouvert et fermé les tabernacles, lu une oraison dans un livre qu’il a trouvé, monté en chaire , sonné les cloches et tous autres actes requis et nécessaires en pareil cas, de là nous sommes transportés dans la maison curiale …et avoir fait au surplus tous autres actes possessoires d’une vraye possession icelle actuelle et corporelle au vu et su de tous ceux qui l’ont voulu voir et savoir sans aucun trouble, opposition ni empêchement de personne de qui ledit sieur Devignes nous a requis le présent acte de prise de possession octroyé , fait et passé en et sur lesdits lieux susdits paroisse d’Eysines.En présence de Mathieu Saux et Mathieu Viremaignan vignerons et habitant ladite paroisse d’Eysines témoins à ce requis qui ont signé avec ledit sieur Devignes curé et nous.

Signés : Devignes curé d’Eysines – Saux – Mathieu Viremaignan – Berninet notaire royal »

Acte de prise de possession du 5 janvier 1769 chez maître Berninet
Acte de prise de possession du 5 janvier 1769 chez maître Berninet

Acte de prise de possession du 5 janvier 1769 chez maître Berninet

La structure de l’église

Commençons par la description que fait Michelle Gaborit s’appuyant sur l’œuvre graphique de Léo Drouyn (M Gaborit, décédée en 2005 était maître de Conférences à Bordeaux III, spécialiste en histoire de l’art et peintures murales) :

 Trois détails du dessin de Léo Drouyn ; ce dessin se trouve en fin de document. Copyright Les Editions de l’Entre-Deux-Mers, avec leur aimable autorisation Dessin à la mine de plomb  de Léo Drouyn, extrait du livre : « Léo Drouyn en Médoc » - vol. n° 10 des « Albums de dessins », page 60 – intitulé « Eysines 4 9bre 56 » Trois détails du dessin de Léo Drouyn ; ce dessin se trouve en fin de document. Copyright Les Editions de l’Entre-Deux-Mers, avec leur aimable autorisation Dessin à la mine de plomb  de Léo Drouyn, extrait du livre : « Léo Drouyn en Médoc » - vol. n° 10 des « Albums de dessins », page 60 – intitulé « Eysines 4 9bre 56 » Trois détails du dessin de Léo Drouyn ; ce dessin se trouve en fin de document. Copyright Les Editions de l’Entre-Deux-Mers, avec leur aimable autorisation Dessin à la mine de plomb  de Léo Drouyn, extrait du livre : « Léo Drouyn en Médoc » - vol. n° 10 des « Albums de dessins », page 60 – intitulé « Eysines 4 9bre 56 »

Trois détails du dessin de Léo Drouyn ; ce dessin se trouve en fin de document. Copyright Les Editions de l’Entre-Deux-Mers, avec leur aimable autorisation Dessin à la mine de plomb de Léo Drouyn, extrait du livre : « Léo Drouyn en Médoc » - vol. n° 10 des « Albums de dessins », page 60 – intitulé « Eysines 4 9bre 56 »

« La nef principale de l’église était bien romane, comme en témoigne une petite baie en plein cintre ouverte dans le mur sud au-dessus de l’avant corps qui contenait au sud le portail roman. La position de la petite baie dont il est question, juste en dessous de la toiture, indique que la nef n’était pas voûtée, mais simplement couverte d’une charpente. Le clocher, peut-être roman à l’origine, a probablement été d’abord remanié au XIV° siècle, avec une baie longue et étroite, peut-être une archère, au-dessus de la porte occidentale, dont Léo Drouyn attribue l’arc brisé au XIV° siècle. Par la suite, cette tour a été également transformée à la fin du Moyen Age comme en témoignent les baies rectangulaires qui lui fournissent de la lumière dans sa partie supérieure, ainsi que l’adjonction, signalée par Léo Drouyn, de gros renforts obliques aux angles. Elle semble avoir perdu au moins un étage, car vers l’est subsiste un pan de mur qui s’élève nettement au-dessus d’une corniche horizontale saillante. La présence de ce pan de mur surélevé avait permis par la suite d’y adosser un toit à pente unique, incliné vers l’ouest. C’est probablement à la fin du Moyen Age que le portail sud fut modifié et orné de voussures multiples.

On aperçoit également sur le dessin le bas-côté sud, éclairé par des baies en arc brisé, dans lequel on pénétrait par une porte surmontée d’une niche aménagée dans une sorte de fronton étroit, sans doute flanqué de volutes. Ce portail comme le collatéral, pourrait, au vu de ce dessin, avoir été édifié au XVII° siècle.

On remarque enfin la présence d’une importante lézarde qui parcourt le haut du mur sud du clocher. Deux madriers sont posés obliquement pour tenter de consolider l’avant-corps du portail sud. »

Les visites épiscopales de 1604 et 1735 donnent aussi quelques renseignements :

En 1604 : « le toit de l’église et la couverture du clocher ont besoin d’être réparés parce qu’il y pleut en divers endroits. Les murailles (murs) de l’église et du clocher sont en bon état. Il y a deux cloches au clocher l’un d’environ 8 à 10 quintaux et l’autre de 4 à 5. »

En 1735, l’état de l’église semble satisfaire puisqu’elle est ainsi décrite : « L’église est bâtie de pierre. Elle a en profondeur d’une muraille à l’autre … et en largeur cinquante pieds et plus bas côtés trente pieds de hauteur toute plafonnée, le toit est en bon état attendu les fréquentes réparations ; elle est pavée de petits carreaux ; les murailles sont en fort parfait état dehors et dedans blanchie et le tout fort net, les fenêtres toutes vitrées et garnies de barreaux de fer… Il y a un clocher carré de pierre, son chapiteau couvert d’ardoise avec un coq de cuivre jaune au bout de la croix ; il est situé sur le mur de l’église au dehors vers le couchant ; les murs en sont bons l’escalier a besoin de quelques réparations par l’usage des marches ; il y a deux grosses cloches bénies depuis longtemps elles s’entendent dans toute la paroisse selon les vents …

Copie du compte -rendu de la visite épiscopale de 1604 et celui de 1735 au sujet de la structure
Copie du compte -rendu de la visite épiscopale de 1604 et celui de 1735 au sujet de la structure

Copie du compte -rendu de la visite épiscopale de 1604 et celui de 1735 au sujet de la structure

Mais pour le XIX° siècle, les documents (dossiers des archives départementales de 1822 à 1844, délibérations du conseil municipal à partir de 1843 et de la fabrique de 1824 à 1849) nous décrivent une église en très mauvais état qui nécessite de nombreuses et incessantes réparations.

En 1822, les réparations à faire à la toiture, charpente et lambris de l’église sont estimées à 1 860 francs.

En avril 1823, l’architecte M. Poitevin présente un devis de 4 888 francs et note « cette église est dans un tel mauvais état que je crois prudent de la faire fermer jusqu’à ce qu’elle soit réparée. »

En 1824, l’état de vétusté de l’église a nécessité une reconstruction presque totale !

En février 1825, « les travaux de l’église sont terminés, mais les murs menacent ruine… devis de 9 498 francs… ».

Le 5 juin 1826, le conseil de fabrique décide de la réparation de la couverture de l’église, excepté le clocher.

Et les travaux continuent jusqu’en avril 1829 ; les entrepreneurs se succèdent pour effectuer des réparations qui s’élèvent à 10 668,12 francs. En mai 1829, M. Poitevin remet un nouveau devis de 3 569,45 francs pour « reprise des 2 piliers côté nord, 415 m de réparation à la charpente et remaniement de la couverture de la nef et de la chapelle St Jean, 148 m de charpente et couverture pour la chapelle Notre Dame, 419 m de charpente pour le plafond des 3 nefs, diverses réparations des plafonds, réparation du clocher et nouvelle ouverture …en pierres dures pour la reprise en sous-œuvre des piliers seront pleines et sonores…le bois de charpente de bonne qualité… ».

Dessin non daté et non signé, du dossier 162 T 2 des archives départementales

Dessin non daté et non signé, du dossier 162 T 2 des archives départementales

Le 23 mai 1844, le rapport de M. Mascaras architecte est terrible « …depuis la base jusqu’au sommet les murs sont en état de vétusté tel qu’il serait mieux de les démolir en entier et les reconstruire…un des piliers de la porte est disloqué et menace de s’écraser … deux angles sont lézardés sur toute la hauteur… de fortes brèches dans les murs…la voûte est lézardée en divers endroits…la charpente a besoin de réparations…le plancher de l’horloge est à refaire à neuf…ainsi que la couverture... Pour le réparer il faudrait prolonger le bas-côté ouest …reconstruire un mur à l’extrémité…murer la porte d’entrée existante…démolir une partie de la façade et les reconstruire… »

 Les travaux ne sont pas faits et le 2 juin 1844, le conseil des marguillers écrit au préfet pour demander la réparation du clocher qui menace ruine.

Le 7 décembre 1847, la foudre s’abat sur le clocher et il devient urgent de le démolir. En 1848, il est en partie démoli et aussi étayé. Les travaux effectués par M. Sabourin, charpentier ont un coût trop élevé pour la commune. M. Jeantet, maire, demande un arbitrage. Le dossier 5 J 105 des archives départementales donne tous les détails. Le 10 mai 1850, M. Gabriel Joseph Durand*, architecte « clôt et arrête la présence sentence arbitrale », donnant la préférence à l’expert Bordenave.

Les 3 pages du rapport de l’architecte Gabriel Joseph Durand
Les 3 pages du rapport de l’architecte Gabriel Joseph Durand
Les 3 pages du rapport de l’architecte Gabriel Joseph Durand

Les 3 pages du rapport de l’architecte Gabriel Joseph Durand

*Nota : M. Gabriel Joseph Durand (1792-1858) est issu d’une famille d'architectes ayant laissé son empreinte à Bordeaux. Gabriel Joseph Durand est à l'origine entre autres de la Galerie Bordelaise et s’intéresse aussi à l’étude de l’archéologie régionale. Son père Gabriel Durand et son oncle Alexandre Durand ont participé aux travaux de Victor Louis, à Bordeaux. Son fils Charles Durand, est architecte de la ville de Bordeaux à la suite de Charles Burguet. Bordeaux doit à Charles Durand la construction de beaucoup de bâtiments : la faculté des sciences et lettres, la grande synagogue, la bibliothèque municipale, le Marché des Douves, etc… Il restaure aussi le Palais-Gallien, la porte Cailhau, le monument funéraire de Michel Montaigne …Charles Durand dessine aussi la maison des Tilleuls à Eysines !

Le 30 août 1851, un arrêté du maire interdit l’accès à l’église.

Dessin non daté et non signé, du dossier 162 T 2 des archives départementales

Dessin non daté et non signé, du dossier 162 T 2 des archives départementales

Cadastre 1844, l’église au milieu du cimetière, le presbytère et une dépendance du presbytère

Cadastre 1844, l’église au milieu du cimetière, le presbytère et une dépendance du presbytère

L’intérieur de l’église

L’aspect intérieur général

Les comptes-rendus de deux visites épiscopales nous donnent quelques renseignements concernant l’intérieur de l’église : en 1659, « l’église est blanchie et bien carrelée » et en 1735 « toute l’église est uniment plafonnée. » Mais c’est bien peu ! 

En 1824, suite aux réparations importantes faites à la structure même de l’église, l’intérieur a subi de fortes dégradations. Le conseil de fabrique constate « …durant ces travaux il était survenu des dégradations aux autels principalement au grand ce qui constituait pour la fabrique des dépenses urgentes et aussi bien que d’autres décors nécessaires pour le nouvel état de l’église… ». En 1825, les travaux les plus urgents sont effectués : « les ouvrages intérieurs de l’église étaient terminés, que les ouvriers avaient remis leurs comptes afin d’être payés de leurs travaux…la recette des chaises sera affectée au paiement des ouvriers…. raccommodage de l’horloge 75 francs… entablement de bois de la nef principale. »

Dessin non daté et non signé, du dossier 162 T 2 des archives départementales
Dessin non daté et non signé, du dossier 162 T 2 des archives départementales

Dessin non daté et non signé, du dossier 162 T 2 des archives départementales

En 1839, le conseil de fabrique décide de réparations effectuées par M. Tartas : « ledit sieur Tartas creuserait jusqu’à dix pouces de profondeur toute la partie humide du mur du côté droit de l’autel, vis-à-vis la sacristie, que les pierres salpêtrées seraient remplacées par des briques… placerait une porte convenable à la sacristie …le mur serait creusé et rebâti…Deux marches d’escalier ont été placées dans le sanctuaire et trois à la porte extérieure du presbytère donnant sur le cimetière, la porte de la sacristie a été déplacée et replacée  … »

Les décors : peintures, sculptures…

Les statues (dénommées ici « images de pierre ») sont décrites lors de la visite épiscopale de 1604 : « L’image de Saint Jean de pierre est rompue et n’a le bras droit, l’image de Saint Jacques de pierre n’a le bras droit, l’image de Saint Roch n’a la main senestre ni son ange la droite, Saint Sébastien n’a les flèches, les images de Notre Dame, de Saint Martin, de Sainte Catherine et de Sainte Quitterie sont en bon état. »

Un acte notarié du 27 juillet 1672 fait état d’une commande à Jean Mazoyer, peintre ordinaire du Roi habitant à Bordeaux paroisse Saint Projet, de trois tableaux pour orner le maître autel « …un tableau représentant Saint Martin évesque ; plus s’obligeoit encore ledit Maloyer , de peindre deux autres tableaux pour les deux costés du restable , dans lesquels il sera peint un Saint Roch et dans l’autre un Saint Sébastien bien et duement, … » Dans la visite épiscopale de 1735, nous avons deux mentions pour ce retable : « … Le Tableau avec un beau cadre peint et doré représente St Martin évêque le tout entouré d’un beau retable de bois de noyer…. » et un peu plus loin : « …Il y a trois autels savoir le maître autel dédié à St Martin orné d’un beau retable de noyer… » En 1806, ces peintures sont toujours là.

A partir de 1839, dans les délibérations du conseil de fabrique, l’embellissement de l’église par des décors et peintures semble une des priorités. On retrouve M. Tartas « …a pris l’engagement de crépir le pourtour des murs du sanctuaire jusqu’à la naissance de la voûte ; de peindre à fresque et décorer en faux bois le bas des murs du sanctuaire, c’est-à-dire jusqu’à la hauteur de la fenêtre et depuis la fenêtre jusqu’à la naissance de la voûte, de décorer lesdits murs de figures, de pilastre, d’archivolte ; de peindre en détrempe après y avoir passé une couche à l’huile, toute la voûte du sanctuaire avec compartiments, caissons et médaillons ; de rechampir et peindre à quatre couches dont deux au blanc d’argent et vernis, l’entablement, les colonnes et le tombeau du grand autel… ».Les frais engagés par la fabrique pour la décoration se retrouvent notés en 1840, 1843, 1847.

Les autels 

Une description est faite lors de la visite épiscopale en 1604 : « Il y a sept autels fixes à l’église.  Le premier est celui de Saint Martin à l’allée dextre celui de Notre Dame à la senestre celui de Saint Jean à côté gauche de celui-là est l’autel de Saint Jacques le Majeur dessous la première arcade de l’allée de Notre Dame est celui de Saint Roch dessous la deuxième arcade de l’allée de Saint Jean sont l’autel de Saint Eloi et de Sainte Quitterie ; les quatre premiers ont les signes de consécration non les autres ; les trois premiers sont passablement bien ornés les autres d’ordinaire  à ce qu’on nous a dit presque tous découverts. » Puis à nouveau en 1659 : « L’autel de Notre Dame est bien et dument orné, le chœur dudit autel est lambrissé, le reste ne l’est pas, ledit autel est consacré. Pour l’autel St Jean, il est aussi en bon état » et en 1691 : « Les chapelles de Notre Dame et de St Jean en très bel ordre. Il n’y a qu’une chose qui peine. C’est que dans tous les trois autels il y a dans le milieu une pierre qui parait rouge d’un demi pied en quarré enchâssée de manière qu’on ne peut juger si c’est la pierre sacrée, car elle serait bien petite et trop reculée … »

Quant au grand autel, il est décrit en 1659 « Le grand autel a été trouvé garni d’un tabernacle lequel est fort vieux et la porte d’iceluy cassée ... » puis en 1691 : « Le grand autel est parfaitement beau, le tabernacle doré, riche devant d’autel… »

En 1839, la fabrique fait réparer le grand autel, mais surtout la voûte et ses décors (ceci est décrit dans le paragraphe précédent).

Le mobilier 

Les registres du budget de la fabrique nous indiquent des investissements pour le mobilier de l’église mais sans autre précision, pour les années 1837, 1841 (350 francs pour des chaises), 1843, 1844, 1848 et 1849.

L’orgue 

Sur l’exercice de 1841, le conseil de fabrique a voté 1 500 francs pour l’acquisition d’un orgue « …s’engage à payer au sieur Henri la somme de 3 700 francs sur les premiers fonds disponibles. Cet orgue sera confectionné par le sieur Henri (*1), facteur de Bordeaux aux conditions qui suivent : Le sieur Henri s’engage à placer dans l’église d’Eysines un orgue de six jeux à un seul clavier à mains, un clavier de pédales à … Les jeux seront…Cet orgue sera renfermé dans un buffet construit en bon bois de nerva et peint couleur de noyer. Lequel buffet aura 9 pieds de hauteur, 6 de longueur et 3 de profondeur. Il sera orné de 2 tourelles placées aux extrémités latérales. Ces tourelles seront garnies…le sommier (*2) de cet orgue… Le 25 décembre 1840, la livraison de l’orgue par M Henry est effective.

 

Signature du facteur Henry (site internet ADOA)

Signature du facteur Henry (site internet ADOA)

*1 : « Nicolas Henry était facteur d’orgues et organiste à Bordeaux. Résidant au n°36 de la rue du Palais Gallien, ce facteur serait venu de Paris vers 1820. » d’après l’Association pour le Développement de l’Orgue en Aquitaine. *2 : le sommier est le dispositif qui distribue l’air sous pression aux tuyaux sonores en fonction des touches actionnées et des registres sélectionnés.

 

 

Les objets du culte  (Ils sont décrits lors des visites épiscopales)

1/Les vêtements sacerdotaux : ces vêtements sont nommés « ornements ». En 1659 : « … trois aubes, un surplis, deux chasubles blanches, deux rouges, une violette, deux noires, quatre corporaux, un corporalier, un graduel… », en 1691 : « … la sacristie ayant les ornements de toutes les couleurs dont l’église se sert… ».

Les vêtements sacerdotaux décrits dans la visite de 1735

Les vêtements sacerdotaux décrits dans la visite de 1735

En 1735, les neuf chasubles sont décrites précisément avec force détails sur les tissus, les couleurs, les broderies et les matières ; l’état de chacune est aussi mentionné. Par exemple : « Il y a une chasuble d’un damas en or et argent avec l’assortiment blanc le tout neuf garni d’un réseau d’argent. Plus une chasuble d’une panne noire (noir) avec tout son assortiment garni d’un galon d’argent fin tout neuf. Plus une chasuble d’un damas en argent blanc garnie d’une dentelle or et argent faux à fleurs avec tout son assortiment demi usé pourtant en bon état. Plus une chasuble d’un damas blanc garni d’un galon en soie avec son assortiment plus qu’à demi usé. Plus une chasuble d’un damas noir plus que demi usé orné d’une dentelle d’argent faux avec tout son assortiment. Plus une chasuble d’un satin violet damassé en violet avec son assortiment orné d’une dentelle d’argent faux demi neuf. Plus une chasuble verte en satin vert damassé avec son assortiment orné d’un petit galon en clincan faux. Plus une chasuble d’un damas rouge (rouge) avec son assortiment orné d’un clincan en or en très bon état ».  Les aubes, les étoles, les écharpes pour donner la bénédiction ou porter le St Sacrement, etc…sont aussi évoquées.

2/Les nappes, lampes, calices etc…En 1659 : « Il y a trois lampes une devant chaque autel. La lampe qui est devant l’autel Notre-Dame est d’argent, les autres sont de fonte. Il y a des chandeliers de fonte et d’étain. Il y a un ciboire d’argent doré avec un soleil de même… » « Il y a une grande croix d’argent … Il s’est trouvé deux calices d’argent doré avec leurs patènes. Il s’est trouvé un encensoir sans navette ni cuillère … ». En 1691, on retrouve à peu près les mêmes objets. En 1735, les descriptions sont encore plus précises et le tout semble en très bon état et suffisant.

Les sépultures et les bancs des personnalités de la paroisse : nous en avons trouvé mention uniquement dans les visites épiscopales.

En 1604 : « Il y a une sépulture couverte d’une pierre trop près du grand autel de sorte qu’icelle ouverte le prêtre ne peut bonnement être assez distant de l’autel disant le confiteor qui se dit devant la messe et si l’infection qui y pourrait être …  le respect qu’on doit à ce formidable et Saint sacrifice le sieur de la Plane y a seulement fait ensevelir sa première femme , il y en a une autre  aussi couverte d’une pierre devant et trop près de  l’autel  Notre Dame laquelle le seigneur de Lescalle dit être à lui , il y a aussi une autre sépulture devant et trop près de l’autel de Saint Jean couverte d’une pierre élevée d’un demi pied ou environ plus que le pavé de l’église Janot Robiot prétend qu’elle soit à lui. »  Il s’agit sans doute de la famille de Mullet pour La Plane et Capdeville pour Lescalle.

En 1735 : « Je ne sache point que personne ait droit de sépulture dans l’église. Mr de Ségur s’approprie une sépulture dans le sanctuaire au milieu sous une grande pierre… »

Le 30 avril 1758, inhumation de Jeanne de Ségur dans l’église.

Le 30 avril 1758, inhumation de Jeanne de Ségur dans l’église.

Le 1er octobre 1761, inhumation de Jean-Baptiste Bodin de Saint Laurent enfant de un an.

Le 1er octobre 1761, inhumation de Jean-Baptiste Bodin de Saint Laurent enfant de un an.

Sous l’Ancien Régime, les bancs sont réservés aux familles importantes de la paroisse. En 1735 : « … le banc des jurats comme seigneurs de la paroisse occupent la première place du côté de l’épitre ; le second de gauche est un banc de M de Ségur ; le troisième la droite est des héritiers de M de St Laurent…le quatrième appartient aux messieurs de Duvergier …le cinquième est placé dans l’aile de St Jean appartient à M de Ségur …Le sixième banc appartient à M Michel négociant … »

Conclusion :

Le 30 août 1851, un arrêté du maire ferme l’église : « … l’église dans l’état actuel peut causer des malheurs incalculables… surtout à l’approche de la saison rigoureuse dans laquelle nous entrons, offre de graves dangers pour les personnes qui la fréquentent, qu’il est de l’équité comme du devoir de l’administration de veiller au salut de tous, Arrête : A partir du dimanche 11 septembre prochain, l’Eglise d’Eysines sera et demeurera fermée, aucun office public ne pourra y être célébré. »

Le 7 mai 1854, l’église est à nouveau interdite au culte. « Considérant le danger que présente l’église actuelle en ruine, étayée depuis bientôt 7 ans par des bois aujourd’hui vermoulus, menaçant d’écraser les fidèles qui la fréquentent… »

Le 6 décembre 1855, Jean Pargade, géomètre et Pierre Bordenave, charpentier de haute-futaie, sont nommés experts pour « évaluer le montant de la somme que M. Sabourin aîné a le droit de réclamer à la commune pour avoir démoli la flèche du clocher et descendu la cloche…

Le 4 novembre 1856, Léo Drouyn vient à Eysines dessine l’église et note ceci : « Cette église est dans un état déplorable et offre peu d’intérêt. Son plan est formé d’une nef romane précédée d’un clocher carré et suivie d’une abside semi-circulaire. La nef a un bas-côté moderne. Le clocher, actuellement maintenu par des étais, a été au XV° siècle renforcé par des contreforts angulaires. La partie supérieure n’existe plus. Les ouvertures dont il est percé sont de petites fenêtres à sections droites et très évasées en dehors et en dedans. A l’ouest s’ouvrait une porte en plein cintre recouverte par un arc ogival du XIV° siècle. La porte actuelle, qui est du XV° siècle, s’ouvre au sud dans un avant-corps roman en partie ruiné. A l’abside on voit des contreforts plats.  J’ai fait un croquis de cette église dans un de mes albums ».

En 1856, la translation est votée et la démolition commence dès les derniers mois de l’année.

Copyright Les Editions de l’Entre-Deux-Mers, avec leur aimable autorisation Dessin à la mine de plomb  de Léo Drouyn, extrait du livre : « Léo Drouyn en Médoc » - vol. n° 10 des « Albums de dessins », page 60 – intitulé « Eysines 4 9bre 56 »

Copyright Les Editions de l’Entre-Deux-Mers, avec leur aimable autorisation Dessin à la mine de plomb de Léo Drouyn, extrait du livre : « Léo Drouyn en Médoc » - vol. n° 10 des « Albums de dessins », page 60 – intitulé « Eysines 4 9bre 56 »

En janvier 1857, les matériaux de démolition de l’église sont employés pour l’édification de la partie basse des murs de la nouvelle église.

A part les pierres utilisées pour la construction et la cloche descendue, nous ne savons pas ce qu’il est advenu des sculptures, des tableaux, des autels, de l’orgue etc… Aucun de ces objets n’est cité dans les documents consultés, comme ayant pris place dans l’église actuelle.

La lecture des délibérations du conseil de fabrique nous a fort surpris. Nous pensions que la démolition de la vielle église suivie de la construction de l’église actuelle dans les années 1856/1857 était dûe principalement à la foudre tombée sur le clocher en décembre 1847 ! Certes l’écroulement du clocher n’a rien arrangé, mais l’église menaçait ruine bien avant. Comme quoi il faut toujours être modeste lorsque l’on écrit l’histoire de notre patrimoine, la découverte de nouveaux textes peut remettre en cause les écrits précédents.

De plus n’oublions pas l’essentiel : On ne connait rien des origines de cette église, des fouilles archéologiques pourraient peut-être en percer le mystère, mais le site de l’église et du cimetière ne bénéficie d’aucune protection et plus de la moitié de cette implantation est aujourd’hui incluse dans la propriété Lescalle…

Michel Baron, Marie-Hélène Guillemet, Elisabeth Roux.

Tag(s) : #Histoire
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :