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Voici la suite de l’histoire de ce que les Eysinais nomment « château Lescombes ». L’emplacement du château, du pigeonnier et des bâtiments agricoles est représenté en 1808 sur le premier cadastre napoléonien. Le pigeonnier (colombier, fuie ou fue) a sans doute été édifié dans le dernier quart du XVIème siècle, comme toutes les fues semblables en Gironde. La première description du château que nous avons trouvée date de 1673. Les bâtiments agricoles qui fermaient la cour du château ne peuvent être datés : ils sont certainement antérieurs à la Révolution et ils ont disparu à la fin XIXème siècle ou au début XXème siècle. Nos anciens Eysinais ne les ont pas connus et les matrices cadastrales ne mentionnent pas leur démolition…

Nous remercions vivement tous les Eysinais qui ont répondu à nos questions en faisant revivre leurs souvenirs de ce quartier de Lescombes.

Pour commencer, rapportons ce qu’écrit en 1876, Edouard Guillon dans « Les châteaux historiques et vinicoles de la Gironde »au paragraphe « château de la Plane » : « … C’était jadis une maison-forte située à l’entrée de la forêt d’Ayzines et appelée La Taula du Luc ; on la retrouve depuis le XVe siècle, époque où elle appartenait à M. de Lalande qui fit bâtir le château dont il reste encore les tours… Les Feuillants firent subir de grandes modifications au château ; ils refirent le corps-de-logis, le surmontèrent d’un pavillon, y établirent une chapelle et renfermèrent les cours et les jardins dans de hautes murailles flanquées de tours d’observation… Le château de la Plane est un rectangle assez simple, à un seul étage, flanqué de ses quatre tours capuchonnées et dominé par un pavillon central, devant lequel est un parterre avec de grands arbres ; la façade occidentale donne sur une garenne, et le tout est clôturé de murs, en dehors desquels s’élève une fuie … ». Cependant, Edouard Guyon ne cite aucune source à part l’abbé Baurein, or l’abbé Baurein ne décrit pas le château, alors peut-on se fier à cette description ?

Nota : Les textes en italique sont des extraits des dossiers consultés.

I - Le mur en moellons entourant le château :

Le mur en moellons : à gauche avenue du Taillan depuis la rue Jean Mermoz et à droite près de la Grange (Photos Connaissance d’Eysines)Le mur en moellons : à gauche avenue du Taillan depuis la rue Jean Mermoz et à droite près de la Grange (Photos Connaissance d’Eysines)

Le mur en moellons : à gauche avenue du Taillan depuis la rue Jean Mermoz et à droite près de la Grange (Photos Connaissance d’Eysines)

Souvenirs

Nous avons des photos non datées de ce mur. D’après les souvenirs des Eysinais le mur a été abattu lors de la restauration du château après l’achat par la ville. Un mur de moellons (identique à celui que nous voyons au niveau de la Grange entre le parc du château et le parking) fermait donc la propriété le long de l’avenue du Taillan jusqu’au début de la rue Jean Mermoz. Un grand portail de fer à deux battants permettait l’accès. Les deux piliers actuels sont ceux de cet ancien portail mais ils ont été déplacés. A l’embranchement de la rue Jean Mermoz, le mur était arrondi ce qui a alimenté la légende d’une ancienne tour, deuxième tour puisque le pigeonnier se nommait « la tour ». En 1994, la contre-allée devant le château est en service, le mur a donc été démoli. Lors de la restauration du château, la partie du mur en continuation du bâtiment de la Grange, menaçait de s'écrouler. Un chantier avec l'Association "Maisons paysannes de Gironde" a procédé à son sauvetage.

Est-ce que ce mur comme ceux qui fermaient la cour sur l’avenue du Taillan sont les témoins de bâtiments démolis dont on ne conserve que les façades extérieures pour assurer la clôture ?

II - Le château :

Avant sa restauration : à gauche vu depuis le pigeonnier et à droite vu depuis la Grange. (Photos Connaissance d’Eysines)Avant sa restauration : à gauche vu depuis le pigeonnier et à droite vu depuis la Grange. (Photos Connaissance d’Eysines)

Avant sa restauration : à gauche vu depuis le pigeonnier et à droite vu depuis la Grange. (Photos Connaissance d’Eysines)

Souvenirs

Lors de la restauration en 1993/1994, les cheminées intérieures ont été démolies mais l’élévation extérieure a été conservée. C’est alors que des problèmes de sécurité sont apparus et un étayage par une « descente de charge » à l’aide de deux étriers a été mis en place pour les soutenir. Pour fonder ces descentes, on a creusé le sol et on a trouvé sous le plancher environ vingt centimètres de grave, puis un à deux centimètres de dépôt noirâtre et enfin un dallage de carreaux hexagonaux anciens en terre « poreuse » beige-rose. On a supposé alors que ce sol pouvait être celui d’un château plus ancien, le dépôt noirâtre les traces d’un incendie …

Mais tout ceci ne pourrait être établi avec certitude que si des fouilles étaient entreprises.

En attendant, nous avons demandé l’avis d’un archéologue qui nous a adressé à un professeur de Bordeaux-Montaigne. Les pavés retirés pour établir les étriers des cheminées sont ceux utilisés dans le pigeonnier comme support pour exposer des outils. Ces carreaux mesurent sur le plat de l'hexagone 19 cm, leur épaisseur est de 2 cm. Ils pèsent environ 1,5 kg. Ils sont assez lisses dessus et très irréguliers dessous. Leur couleur est beige/ivoire. Voici la réponse de notre professeur de faculté : « Vos carreaux de pavement sont plus exactement des tomettes hexagonales et leur aspect régulier, leurs dimensions (on est ici dans un grand module) permettent de penser à une production comprise entre le XVIIIe et le XIXe siècle leur production commence dans la 2ème moitié du XVIIème siècle dans cette taille mais je ne crois pas qu’ils soient aussi anciens. On est sur une pose à joints vifs sur un lit de terre battue très classique. Je n’ai pas trop de références sur ces productions dans la région mais on doit être sur des productions locales de tuiliers/ briquetiers. Vous devriez trouver des sols de même type en place dans certains châteaux ou chartreuses modernes de la région ». Donc ce sol n’est pas si ancien que cela et montre simplement que le château a été transformé sans doute pour le mettre au goût du jour car c’est un château où l’on vit et reçoit, la liste du mobilier et de la vaisselle lors des ventes en témoigne.

 

Nos sources : Archives départementales : dossiers 3 E actes notariés et comptes-rendus des visites épiscopales – Extraits du mémoire de maîtrise de Mme Cabrou – Extraits du Livre-journal de Pierre Duret, fourni par Mme Cabrou - Archives municipales : réquisitions durant la seconde guerre mondiale - Souvenirs d’Eysinais pour la période de Mme Faure.

Nous ne savons pas exactement de quand date ce château ; il semble de style fin XVIème siècle ou XVIIème siècle.

Dans le compte-rendu de la visite épiscopale de 1659, il est signalé qu’une chapelle domestique à Laplane est ruinée.

Le premier descriptif que nous avons en 1673 est succinct : « ladite maison noble de la Plane consistant en maison chai cuvier grange et autres bâtiments fuie colombier à puis » …

Copie d’un extrait de l’acte de 1673 (Références aux AD 33 : H 2041, dossier n°8)

Copie d’un extrait de l’acte de 1673 (Références aux AD 33 : H 2041, dossier n°8)

En 1720, lors de l’achat par Benjamin Duret, la description n’est pas flatteuse : « s’est trouvé dans ladite maison noble un cabinet en bois de noyer à deux portes une paire de chenets de fer une table avec son pied pliant de bois sapin et autre paire de chenets de fer garnies de fonte et  bois de lit son banc en bois garnis d’une paillage matelas…de laine bleue la garniture étant d’un drap violet un chalis démonté et quelques chaises le tout extrêmement vieux plus dans le cuvier 3 cuves garnies de leurs cercles escoulan une huit la seconde neuf la troisième dix tonneaux recevant auprès de 2 murs de pierres une gargouille et quelques bastes aussi le tout fort vieux … que le plancher du grenier de ladite maison noble …que tout le contournement sont rompus pourris et rapiécés que…par endroits et petites fenêtres les portes  manquent que le latis poutres chevrons et… dudit chai et cuvier sont extrêmement vieux ayant quantité de ? pour soutenir lesdites poutres et chevrons que toutes les portes et portails desdits bâtiments sont extrêmement vieux rompus et rapiécés que les murailles des chambres …cuisine pavé ----- écurie et grange…y manquent plusieurs portes celles qui sont derrière que le portail de la dite grange sont aussi extrêmement vieux  et rompus et rapiécés… »

Copie d’un extrait de l’acte de 1720 (Références aux AD 33 : H 2041, dossier n°5)

Copie d’un extrait de l’acte de 1720 (Références aux AD 33 : H 2041, dossier n°5)

Pierre Duret dans son livre-journal rapporte certains aménagements et réparations qu’il fait faire. En 1786 : « …. Je viens de faire faire une cheminée à encoignure dans la grande chambre et j’ai fait monter le tuyau en brique depuis le manteau jusqu’au bord du toit … » ; le 31 juin 1786 : « …. Je viens de faire bâtir une chambre à trois croisées adossées à la maison entre les 2 tours faisant face au cuvier pour y placer un billard. Ladite chambre me revient… avec tous les matériaux, couverture plafonnage en blanc carrelage les portes croisées et escalier et y descendre par la maison et le prix du billard presque neuf acheté en ville ».

Livre-journal en 1786 (Archives privées)

Livre-journal en 1786 (Archives privées)

 Le 18 juin 1788 : « … J’ai fait ce printemps achever de boiser ma salle de Laplane. Je l’ai faite aussi plafonner et carreler à grands carreaux. Cette réparation y compris la peinture de la salle du vestibule et le dehors des croisées du midi sur toute la façade me revient à 860…J’ai fait en outre refaire toute la couverture de la maison et vider les gouttières. Il a été employé sur ladite couverture un millier de tuiles …J’ai fait aussi carreler tout le corridor que l’on suit du vestibule au billard avec les vieux carreaux qui a été ôté de la salle… » ; en  1789 : « …Je me suis décidé cette année de faire planchéier la chambre du fond occupé par mon fils… » ; en 1792 « … j’ai commencé à découvrir mon chai le 2 avril pour refaire la charpente à neuf et rebâtir environ les 2/3 du mur le long de la cour au nord-ouest qui menace ruine et que j’avais été obligé en dedans depuis 2 ans. J’ai jugé à propos de faire baisser tous les murs du chai de 2 pieds ayant trop d’élévation ce qui le rendra plus solide …tous les tenons sont d’ailleurs en chêne ainsi cette charpente sera plus belle et plus solide… enlever le plancher au-dessus de la chambre de la tour (côté de la cour au levant) « …Il s’est trouvé entièrement pourri. J’en fais faire un neuf plus haut de 4 pieds qui sera la chambre des enfants et il y aura une chambre au-dessus pour la fille de chambre ».

Livre-Journal en 1792 (Archives privées)

Livre-Journal en 1792 (Archives privées)

 En 1803, un contrat est passé avec un plâtrier pour faire le plafond de la salle du billard et celui de la tour, réparer la cloison de la chambre du pavillon et le toit du chai avec plus de tuiles ;

Livre-journal en 1803 (Archives privées)

Livre-journal en 1803 (Archives privées)

 En 1805 : « … Je viens de faire poser deux paires de contrevent neufs aux deux premières chambres… je les ferai peindre de suite et donner une couche à tous les autres des deux façades… ».

Pierre Duret ne mentionne aucune autre transformation du château et de ses dépendances. Nous pouvons donc affirmer, sans nous tromper beaucoup que le plan sur le cadastre de 1808 est conforme aux bâtiments qui existaient alors que Pierre Duret décède, laissant un si bel héritage !

Livre-journal en 1805 (Archives privées)

Livre-journal en 1805 (Archives privées)

En 1828, lors de la vente, les bâtiments sont nommés sans précision : « le manoir principal consiste en une vaste maison de maître avec tours aux quatre coins et terrasses, chais, cuvier, logement de cultivateurs, hangar, remise, écurie, parc et autres bâtiments, grande cour complantée d’arbres » et le mobilier est ainsi décrit : « … la cuisine (table en chêne, armoire en chêne, buffet en sapin, tournebroche et garniture…) une pièce à côté de la cuisine (armoire, fer à repasser...)  la tour donnant sur le jardin anglais (bassine, 2 tables en nerva et leurs tréteaux, chaises..) dans la fournière (armoire, table, garde-manger…) dans la salle à manger (table en bois de courbaril, une autre en noyer, trumeau avec son miroir,  très nombreuses vaisselles et couverts) salon de compagnie, vestibule, six chambre à coucher, un cabinet attenant à une chambre, une chambre de domestique, une chambre dans la tour est, une chambre dans le pavillon »

Copie d’un extrait de l’acte de 1843 (Références AD33 : 3 E 25089)

Copie d’un extrait de l’acte de 1843 (Références AD33 : 3 E 25089)

En 1843, les mêmes termes sont employés.

En 1896, sont énumérés « un vieux château, chais, cuvier, écurie, remise, orangerie, logement de paysans et autres bâtiments servant à l’exploitation »

En 1908, les extérieurs des bâtiments sont décrits comme en 1896 « un vieux château, chais, cuvier, écurie, remise, orangeraie, logement de paysans et autres bâtiments servant à l’exploitation » et l’intérieur ainsi : « … dans la cuisine( armoire, table en chêne, chaises, poêlons et poêles, plats, hachoir , fer à repasser, moulin à café, lampe à essence, chandeliers, lanterne sourde, tournebroche et ses broches, chenets, soufflet, fontaine en zinc, …) dans la souillarde (100 bouteilles vides, banc de jardin, …) dans la salle de bain (baignoire et cruche…) salle à manger (buffet, table à rallonges, desserte, chaises en cuir et en paille, lampe suspension, …) Salon (pendule de cheminée,  garde foyer en cuivre, 4 fauteuils et 4 chaises en damas rouge, table,…) 2 chambres au rez-de-chaussée et une à l’étage, une chambre de bonne, un bureau… ».

Château Lesbombes au temps du vignoble Berjal (collection privée ville d’Eysines)
Château Lesbombes au temps du vignoble Berjal (collection privée ville d’Eysines)

Château Lesbombes au temps du vignoble Berjal (collection privée ville d’Eysines)

En 1928, la description est encore plus sommaire : « maison de maître avec dépendances, logements de paysans et autres bâtiments servant à l’exploitation ».

Quelques Eysinais, amis de la famille Faure, sont venus régulièrement au château et nous l’ont décrit. L’aile ouest accolée est louée à différentes familles au cours des années. Sur le cadastre de 1967, on voit un petit bâtiment au nord de cette aile. C’est un garage dans lequel stationne une vielle grosse Renault qui ne roule jamais…Dans le château, le hall est traversant, comme il l’est encore. Côté terrasse, il y a une porte de chaque côté qui ouvre chacune sur un couloir carrelé. Dans la partie ouest s’ouvrent les pièces à vivre : salon, salle à manger avec une grande cheminée de marbre puis la cuisine qui possède elle aussi une imposante cheminée et sous la cuisine la cave. De l’autre côté du hall, le couloir dessert deux chambres et une salle de bain. Les quatre tours sont des pièces. Les sols sont en joli parquet posé en chevrons. Les murs sont en boiserie et peints. La partie la plus à l’est entre les deux tours (souvenons-nous que Pierre Duret écrit au 31 juin 1786 : « …. Je viens de faire bâtir une chambre à trois croisées adossées à la maison entre les 2 tours faisant face au cuvier pour y placer un billard… ») loge la famille de Mme de Ligarde, belle-fille de Mme Faure.

Le 16 juin 1939, la mairie établit une liste de logements réquisitionnables sur la commune. Chez Mme Faure, il est mentionné qu’un hangar et une remise « isolés » peuvent accueillir un cantonnement de 100 hommes et de 10 chevaux. Du 29 septembre au 31 décembre 1939, 100 hommes de l’armée française sont en cantonnement chez Mme Faure. Pour le mois de juillet 1940, sont mentionnées deux chambres pour deux soldats des troupes d’occupation, des indemnités sont versées pour l’occupation au mois d’octobre 1941.

Le château en 1993 (photo de Mme Cabrou, avec son aimable autorisation)

Le château en 1993 (photo de Mme Cabrou, avec son aimable autorisation)

En 1992, la ville d’Eysines achète le château. La restauration est achevée en 1994, sous la direction de M Mirande, architecte et des services techniques de la ville. Le hall d’entrée a été conservé, il donne accès à deux grandes salles l’une pour les mariages et réceptions l’autre pour les expositions du Centre d’Art Contemporain qui est inauguré le 5 février 1995. La salle du rez-de-chaussée est complétée par une galerie au premier étage et les deux salles de la tour nord-est. La salle des mariages accueille les cérémonies à partir du printemps 1995.

Sous les combles, une exposition permanente de documents d’archives et de photos a été installée un temps, puis réaménagée et ajoutée à l’espace d’exposition du Centre d’Art Contemporain.

L’aile ouest accolée au château a été démolie. Seul le mur (ou une partie) ouest de ce logement de paysan a été gardé. Ainsi la tour est totalement dégagée alors qu’elle avait été en partie occultée par cette construction depuis 1781, date du début de la rédaction du livre-journal de Pierre Duret. Cette aile ouest est-elle celle où logeait le maître-valet de Pierre Duret ?

Depuis 1996, le hangar du Musée du Maraîchage s’appuie sur ce mur ancien, les trois autres murs étant en ciment et en bois.

Nos sources : Archives municipales : cadastres et matrices cadastrales,

Le cadastre de 1811 regroupe l’ensemble des bâtiments et de la cour sous un seul numéro de parcelle : C 286. La surface totale est donnée en mesures anciennes : 48p 40m (voir nota ci-dessous). Aucune matrice de cette époque ne donne de précisions sur le bâti.

Nota : les mesures anciennes indiquées dans les cadastres sont : arp. (arpent ?) p. (perche ou pied carré ?) m. (mesure ou mencoudée ?).

Les cadastres de 1808 et 1844 (Références AD33 : 3 P 162/21 et 3 P 162/43)
Les cadastres de 1808 et 1844 (Références AD33 : 3 P 162/21 et 3 P 162/43)

Les cadastres de 1808 et 1844 (Références AD33 : 3 P 162/21 et 3 P 162/43)

Le cadastre de 1844 désigne chaque bâtiment ainsi que la cour avec un numéro et les surfaces sont données pour chacun :

- le château et son aile ouest accolée : 7,05 ares (parcelle C 761)

- le bâtiment perpendiculaire situé à l’est du château : 5,95 ares (parcelle C 762)

- le bâtiment sur l’avenue du Taillan côté est : 4,55 ares (parcelle C 763)

- le bâtiment en L sur l’avenue du Taillan côté ouest et refermant la cour : 3,80 ares (parcelle C 765).

- la cour : 28,70 ares (parcelle C 764).

Dans les matrices cadastrales des propriétés bâties, nous n’avons pas trouvé mention des démolitions des bâtiments autour de la cour.

La première « case » que nous trouvons est pour MM. Hyvert Pierre (1882), Fradin Benoit (1896), Berjal Joseph (1908). Le château et son aile ouest accolée (C761) sont décrits avec 1 porte cochère et 19 fenêtres et le bâtiment sur l’avenue du Taillan côté est (C 763) avec 3 fenêtres. Aucun autre bâtiment n’est répertorié. Cependant, nous trouvons aussi des bâtiments agricoles et des ateliers dans ces matrices pour d’autres parcelles d’Eysines !

La deuxième case est celle de M. Berjal Joseph et Mme Faure. Elle ne donne rien de plus que la précédente.

La matrice de 1937, au nom de Mme Faure mentionne 8 ares pour une seule parcelle (C 867) englobant le château et son aile, la grange et la cour…

La « Grange » occupe en partie le bâtiment C 762. Après l’achat par la ville, Michel Cognie, à l'époque conseiller municipal et président de notre association, a vu là une opportunité pour loger la collection des outils du maraîchage. Il a invité des volontaires pour aider à débarrasser l'ancienne grange du château. C'était une vieille bâtisse avec un sol en terre battue, on rentrait uniquement côté parc. La moitié de la grange avait un grenier où se trouvait encore du foin, presqu'en état de poussière. Dessous, il y avait eu sans doute du bétail. De l'autre côté, il y avait des vieux fûts et autre matériel agricole. Une petite dizaine de bénévoles autour de Michel Cognie a sorti le foin, nettoyé etc… Il faisait beau, c’était peut-être en septembre 1993 ou 1994... En mars 1996, la Grange rénovée a accueilli la chorale et les expositions d’associations eysinaises.

Le cadastre de 1967 (cadastre de Connaissance d’Eysines),

Le cadastre de 1967 (cadastre de Connaissance d’Eysines),

Le mur restauré séparant le parc du château et le parking montre deux petites fenêtres en partie enfouies dans le sol. Nous savons que cet emplacement fut de longues années « un trou » qui se remplissait d’eau lors de pluies importantes. Il fut comblé, un garage s’y établit quelques années. En 1987, le parking à côté de la Grange est créé en même temps que la réfection de l’avenue du Taillan. En 1994, la contre-allée devant le château est en service et le rond-point avenue du Taillan /rue Jean Mermoz est établi.

Enigme : Archives municipales, cadastres et matrices cadastrales.

Sur le cadastre de 1811, une maison totalement isolée au sud-est du château apparait et fait partie de Laplane ; elle a une surface de 6p 16m (*voir Nota des mesures anciennes) en 1811 (parcelle C 291) et dès 1844 elle mesure avec son terrain 6,25 ares (parcelle C 756).

En 1882, cette maison a deux fenêtres ; M. Hyvert la vend en 1890 à Jean Pommier, gendre Pourteau. En 1890, il y aurait eu création d’une buanderie, d’un lavoir et d’une écurie-remise et tout ceci démoli en 1901. En 1908, M. Seurin Jean, gendre Pommier, en devient acquéreur, la maison a toujours deux fenêtres. Cette maison a été démolie.

III - Le blason au-dessus de la porte du château :

Nos sources : Archives départementales et Bordeaux Métropole.

A gauche : agrandissement de la porte de la façade de la propriété Berjal (collection privée ville d’Eysines)  A droite : dessus de la porte actuelle (Photo Connaissance d’Eysines).A gauche : agrandissement de la porte de la façade de la propriété Berjal (collection privée ville d’Eysines)  A droite : dessus de la porte actuelle (Photo Connaissance d’Eysines).

A gauche : agrandissement de la porte de la façade de la propriété Berjal (collection privée ville d’Eysines) A droite : dessus de la porte actuelle (Photo Connaissance d’Eysines).

Il a été dit et écrit que le blason au-dessus de la porte côté rue était celui des De Mullet. Nous nous sommes interrogés car les blasons ont été beaucoup détruits à la Révolution et le pigeonnier n’en a plus ! Alors, nous avons enquêté et voici nos conclusions :

1 - Pour affirmer que ce blason n’a pas toujours été là, il suffit de regarder avec précision la carte postale de cette façade à l’époque de la famille Berjal : il n’y a pas de blason ! Est-ce la famille Berjal (après la carte postale) ou la famille Faure qui installe ce blason ?

2 - Après des recherches aux archives départementales et à Bordeaux Métropole sur les armoiries voici ce que nous avons trouvé dans le livre « Armoiries du Bordelais » de Pierre Meller (de 1906) : « De Mullet, seigneurs de Volusan, Quinsac, Belair (Pessac) La Plane(Eysines) la Salle de Poujaux (Moulis) la Tour St Maubert, Le Luc, la Croix, Caysac, Olivier (Léognan) Laujac (Bégadan) : famille bourgeoise au XVIème siècle anoblie en 1589. Bourgeois de Bordeaux en 1663 Armes : d’azur à un lion d’or lampassé et armé de gueules ; écartelé palé de gueules et d’or de 8 pièces (Armes de 1696) »

Pour les Duret dans le même livre : « Duret, sieurs de La Plane (lettre bourgeoise en 1703 confirmées en 1762)

Armes : d’azur à un chevron haussé d’or accompagné de 3 étoiles de même, 2 et 1 sous chevron, et surmontant 3 monticules d’argent ombrés de sable (lettres de bourgeoisie en 1703 confirmées en 1762) »

Admirons donc le blason, mais il n’est pas celui d’un des seigneurs de Laplane !

IV - Le pigeonnier :

Nos sources : Dossier de la DRAC - Extraits du Livre-journal de Pierre Duret fourni par Mme Cabrou- Matrices cadastrales aux archives municipales.

Nous remercions vivement M. Bernard Larrieu pour son aide précieuse.

Le pigeonnier fut longtemps désigné, comme « la tour » par les Eysinais, la rue de la Tour en témoigne encore !

La surface du pigeonnier en 1811 est de 72m (mesures anciennes), parcelle C 288, puis en 1844, cette fois en système métrique, il occupe 65 centiares, parcelle C 766.

Il a été acquis par la ville en 1997 et restauré en 1999 par l’entreprise Cazenave.

  • Pigeonnier, colombier, fuie ou fue ?

Un colombier, à l'époque féodale est un édifice destiné à loger et à élever des pigeons.

Le terme « pigeonnier » est plus commun au XIXe siècle, attestant la lente obsolescence du mot colombier. Les deux termes peuvent être considérés comme synonymes.

Une fue en Gascogne désigne un type précis de colombier de plan circulaire et couvert d’une voûte en coupole.

Notre pigeonnier est donc une fue !

Le pigeonnier en 1993 (photos de Mme Cabrou avec son aimable autorisation)
Le pigeonnier en 1993 (photos de Mme Cabrou avec son aimable autorisation)

Le pigeonnier en 1993 (photos de Mme Cabrou avec son aimable autorisation)

 

  • Classement Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (dossier de la DRAC) Arrêté du 10 mars 1992 : « …considérant que le pigeonnier du XVIIème siècle de château Lescombes présente un intérêt d’art suffisant pour en rendre désirable la préservation en raison de la qualité architecturale de cet édifice en dôme de pierre et qui est le dernier de ce type subsistant en région bordelaise, est inscrit en totalité à ISMH. Situé à l’ouest du château, le pigeonnier circulaire coiffé d’un dôme de pierre muni à l’est d’une lucarne d’envol est ponctué dans sa partie supérieure de 2 « randières » ou « randelles », anneaux de pierre saillants empêchant les rongeurs de grimper. La petite porte d’origine est au Nord. Au sud, sous un linteau métallique, a été bricolée une porte plus grande réutilisant des éléments d’une porte à galbe et pinacle... A l’intérieur, un puits profond de 12 m alimentait le réservoir placé sous la coupole … ».
  • Description par Bernard Larrieu, spécialiste des fues, en juin 2018 : « Il est élevé au-dessus d’un puits ce qui le rend totalement unique ! Edifié au dernier quart du XVIème siècle, comme beaucoup d’autres, il est de forme cylindrique, avec une hauteur égale au diamètre de sa base : 7 m.  La petite porte est située au nord-nord-est, la porte gothique au sud (nous ne savons quand a lieu cette installation…), les deux fenêtres d’envol à l’abri des vents dominants, la grande à l’est et la petite au sud-est. Deux corniches saillantes (larmiers) avec le dessous creusé, servaient de plages de repos pour les pigeons tout en empêchant l’intrusion et l’attaque des rongeurs. Les pigeons pouvaient également nicher dans des corbeilles en osier ou en châtaignier. Ces paniers étaient accrochés aux parois par des crochets de fer que soutenaient des chevilles en bois. L’accès aux boulins s’effectuait par une échelle appuyée contre les parois, pour atteindre chaque nichoir et surveiller ainsi les couvées. L’élevage des pigeons est fait pour se nourrir mais aussi pour récolter la colombine qui est un engrais puissant. Cette fue, comme le sont les autres, est surtout un signe monumental pour affirmer son privilège accordé par le roi. »
  • Histoire de la fue :

Le pigeonnier est cité en 1673 sur le dénombrement des Feuillants, propriétaires du domaine de Laplane de 1631 à 1720, sous la dénomination de « fuie colombier à puits ». Il est en effet caractérisé par la présence d’un puits central.

Ses ouvertures sont orientées ainsi : la petite porte au nord-nord-est, la grande fenêtre d’envol à l’est, la petite fenêtre d’envol au sud-est, et la porte gothique au sud ; nous ne savons pas quand la fenêtre gothique servant de porte a été installée...

Cependant nous ne pouvons affirmer que le pigeonnier abrita des pigeons, ces volatiles n’étant jamais cités dans les dénombrements, où l’on trouve cependant le bétail…

En1794, Pierre Duret fait installer un « moulin à bête » dans la fue, voici ce qu’il mentionne à ce sujet : « …. Ennuyé d’être volé par les meuniers, je me suis décidé à faire venir de Ste Hélène dans la lande le nommé Arnaud Delout avec lequel je passai police le 20 pluviôse dans laquelle il s’est engagé de m’établir un moulin à bête dans ma grosse fue, fait et parfait avec les meules, prêt à moudre pour le prix de 475. Ce qu’il a effectué le 26 ventôse à ma satisfaction.

Ce moulin quoiqu’il eût servi longtemps parait très solide ayant été bien réparé et va supérieurement bien. Il m’est d’une grande utilité pour ma maison et me sera encore plus utile à l’avenir puisqu’il me servira à moudre non seulement le bled de la provision mais encore celui du maitre-valet et des bouviers que je me propose de payer désormais en grande partie en grains ce qui fera à peu près une quantité au moins de 80 à 90 boisseaux à moudre chaque année avec le petit cheval que j’ai sur le bien qui quoique un peu faible y arrivera , à réduire en farine un quart de grains par heure ce qui peut donner sans trop de fatigue en travaillant 2 heures le matin et autant le soir un boisseau par jour.

Je considère cet établissement outre sa commodité, comme très économique en étant comme assuré d’en faire rentrer le prix dans un an au moins, tant par le moulage de moins à payer que vu la perte énorme qu’on fait sur chaque boisseau par la friponnerie du meunier.

Ce moulin m’occasionnera cependant une dépense inattendue ayant observé que la voute en pierre de ladite fue qui se trouve très endommagée par le laps du temps laisse filtrer l’eau pendant l’hiver, sur le plancher ce qui pourrit le plancher et procure en outre de l’humidité au moulin. Je serai donc obligé sous peu de démolir cette voute pour y substituer une charpente couverte en tuile creuse et de refaire le plancher du grenier sur lequel je pourrai mettre le bled. » Heureusement que Pierre Duret n’a pas fait les travaux concernant la voûte de pierre, actuellement le monument ne serait pas classé et il aurait eu beaucoup moins de charme !

Livre -journal de Pierre Duret en 1794 (Archives privées)
Livre -journal de Pierre Duret en 1794 (Archives privées)

Livre -journal de Pierre Duret en 1794 (Archives privées)

Livre -journal de Pierre Duret en 1794 (Archives privées)

Entre 1877 et 1896, alors que M. Hyvert est propriétaire, la fue est convertie en château d’eau. Lors de la vente en 1896, dans l’énumération des biens on lit : « …un domaine appelé La Plane ou château Lescombes, consistant en un vieux château, chais, cuvier, écurie, remise, orangerie, logement de paysans et autres bâtiments servant à l’exploitation, … château d’eau… ». (La description de ce château d’eau est donnée deux paragraphes ci-après).

En 1925, les héritiers de M. Berjal vendent le pigeonnier et sa parcelle à M. Curat et à son épouse née Gasquet. Mme Curat décède en 1964, son époux est usufruitier légal. En 1971, après le décès de M. Curat, ses enfants font le partage des biens et Mme Rambaud née Curat hérite de la parcelle avec le pigeonnier.

Le pigeonnier  et le château (Photo Connaissance d’Eysines)

Le pigeonnier et le château (Photo Connaissance d’Eysines)

Avant la restauration de 1999, l’abri de bois établi par M. Rambaud contre le pigeonnier est détruit. La transformation du pigeonnier en château d’eau est alors apparente : une cuve ronde en béton est soutenue par des poutres ayant emprise dans les murs. Cette cuve est située à environ 10/20 centimètres des murs du pigeonnier. Elle a une hauteur d’environ 80 centimètres et son sommet se trouve au niveau de la voûte. Un système d’élévation de l’eau depuis le puits jusqu’à la cuve est toujours en place. Entre le pigeonnier et le château, on découvre, enterré dans le sol, un système de tuyaux en céramique qui reliait le puits à la cuisine du château, établie dans la partie ouest donc proche du puits.

La porte gothique était surmontée d’une poutre métallique qui a permis sans doute de soutenir la voûte lors de la mise en place de cette fenêtre gothique transformée en porte, comme la DRAC le mentionne lors de son classement.

Lors de la restauration, la cuve en béton et les poutres de soutien ont été démontées ainsi que le système d’amenée d’eau dans la cuve. La poutre métallique au-dessus de la porte gothique a été elle aussi enlevée et la restauration menée à bien. Depuis 1999, le pigeonnier abrite une partie de la collection des outils du Musée du Maraîchage.

Intérieur du pigeonnier : la voûte et le puits (Photo Connaissance d’Eysines)
Intérieur du pigeonnier : la voûte et le puits (Photo Connaissance d’Eysines)

Intérieur du pigeonnier : la voûte et le puits (Photo Connaissance d’Eysines)

Conclusion :

Beaucoup d’incertitude plane encore sur toutes les constructions qu’a connues Pierre Duret et dont une infime partie nous est parvenue. Les mystères seront peut-être élucidés un jour. Pour autant l’histoire de l’ancienne maison noble de Laplane n’est pas terminée.

À partir de 1860, la vente des anciens terrains de Laplane commence. La plupart des terrains sont achetés par des Eysinais qui vont y faire édifier leurs maisons. Sur les quinze constructions que nous avons trouvées, trois seulement sont faites par des Bordelais. Ce sera notre prochain et dernier document, qui conclue ainsi l’histoire de l’ancienne maison noble de Laplane.

Marie-Hélène Guillemet Dany Lagnès, Elisabeth Roux.

Le musée du maraîchage : dans le hangar et dans le pigeonnier de château Lescombes  (Photo Connaissance d’Eysines)
Le musée du maraîchage : dans le hangar et dans le pigeonnier de château Lescombes  (Photo Connaissance d’Eysines)

Le musée du maraîchage : dans le hangar et dans le pigeonnier de château Lescombes (Photo Connaissance d’Eysines)

Tag(s) : #Histoire
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