Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Voici notre dernier dossier sur l’usine d’équarrissage. Le premier vous expliquait le fonctionnement de cet établissement qui fut en activité pendant cent vingt ans à Eysines ; le deuxième évoquait les propriétaires et le personnel de cette entreprise qui donna du travail à de nombreuses familles de la commune.

Cette fois, nous abordons un sujet plus « léger » et sans doute méconnu : les animaux ordinaires mais surtout extraordinaires qui ont été traités à l’équarrissage d’Eysines.

L’équarrissage joua, depuis sa création, un rôle important dans la salubrité de Bordeaux et de sa banlieue. En effet, le clos d’équarrissage Balland puis Chaigneau est « concessionnaire pour la ville de Bordeaux en vertu des traités approuvés par le Préfet pour le service de l’équarrissage, la capture des chiens errants et leur abattage, la destruction des viandes et comestibles impropres à la consommation ; il est en outre lié à l’autorité militaire pour l’enlèvement des animaux morts et viandes impropres à la consommation. Il assure enfin dans les conditions identiques le service du port, des entrepôts des gares et abattoirs suburbains. » Ce document, daté de 1907, rappelle aussi que M Chaigneau, propriétaire à cette époque,« est adjudicataire du clos d’équarrissage précédemment établi dès 1852 par M Balland sur la lande de Brétey … » et que M Balland avait les mêmes engagements avec la ville de Bordeaux.

La plaquette de 1992 pour le centenaire de miss Fanny (scan de la plaquette éditée par le Muséum)

La plaquette de 1992 pour le centenaire de miss Fanny (scan de la plaquette éditée par le Muséum)

Miss Fanny à Eysines

Si vous visitez le Museum d’histoire naturelle, vous serez accueillis, dans la première salle, par Miss Fanny, l’éléphante. Pourquoi vous parler de cette éléphante ? Tout simplement parce que son dépeçage s’est fait à Eysines, chez Balland, en 1892 !

 Nos diverses recherches dans les dossiers « Museum d’histoire naturelle » aux archives de Bordeaux Métropole et les renseignements fournis par le Muséum à travers la plaquette éditée en 1992 et diverses informations sur ses collections nous permettent de vous raconter l’histoire de Fanny.

Miss Fanny faisait partie de la ménagerie de M Pianet, qui, en mars 1892, était présente à Bordeaux pour la Foire. Le 9 mars, elle s’effondre dans sa cage ! Le directeur du Muséum, décide de l’acheter. Voici donc un extrait du courrier adressé par le Pr. Fallot (directeur du Muséum de Bordeaux de 1891 à 1898) à Monsieur Dubosc, adjoint au Maire :

« Monsieur le maire,

J’ai l’honneur de vous prévenir que je viens d’acheter pour le Muséum l’éléphant de la Ménagerie Pianet (…). Le dépouillement de cette énorme bête, qui ne pèse pas loin de 3700 kg, se fera à l’équarrissage d’Eysines. Quant au montage, nous pourrons peut-être faire celui de la peau dans le vestibule, mais pour le squelette, nous serons obligés d’attendre l’agrandissement de nos locaux… » 

Miss Fanny étant morte sur la voie publique, elle est donc transportée à Eysines qui est alors le seul centre d’équarrissage pour Bordeaux.

Miss Fanny à l’équarrissage d’Eysines (scan de la plaquette éditée par le Muséum)

Miss Fanny à l’équarrissage d’Eysines (scan de la plaquette éditée par le Muséum)

D’après le dossier « Achats de pièces de collections, 1891-1914 » consulté aux archives de Bordeaux Métropole, nous savons que la Museum d’Histoire Naturelle de Bordeaux a payé à M. Pianet, en mars 1892, 220 francs pour la peau et 280 francs pour le squelette en chair d’« éléphant d’Asie, femelle adulte ». Quant au dossier « Rapports trimestriels, 1890-1896 » M. Emmanuel Fallot écrit au maire de Bordeaux le 7 avril 1892 : « …depuis un mois un travail tout à fait extraordinaire, tout à fait imprévu : je veux parler de la préparation de l’Eléphant ( Elephasindicus, femelle adulte) dont je vous ai annoncé l’achat dans ma lettre du 11 mars dernier et que nous avons acheté à la ménagerie Pianet. Le dépouillement de l’animal s’est fait à l’équarrissage d’Eysines et a été très rapidement exécuté grâce aux aides que nous avons pu prendre à cet effet. La peau et les os ont été rapportés au Museum pour y subir les différentes préparations qui permettront d’arriver à leur montage… ».  Et le 12 juillet M. Fallot annonce au maire : « « …l’Eléphant, dont le montage était très avancé lors de mon dernier rapport a été terminé et mis en place le 11 mai… »

En effectuant les recherches concernant Fanny, M Charles a trouvé d’autres renseignements dans ses archives et nous écrit : « En 1879, M. Balland donne quatre bézoards* de cheval. Cependant, aucun document ou correspondance n’a été retrouvé entre M. Balland et le directeur de l’époque, Souverbie. Il ajoute : « Balland a pu être avant tout un prestataire pour le muséum et son nom n’apparait sans doute pas plus pour cette raison dans nos archives… mais des « animaux extraordinaires » ont pu passer par Balland, animaux dont la peau ou le squelette sont peut-être aujourd’hui dans nos collections… »

*Bézoard : corps étranger que l’on trouve dans l’estomac des herbivores, appelé aussi « pierre de fiel » ou perle d’estomac.

L’étiquette d’un bézoard de cheval du Muséum (Collection du Muséum avec leur aimable autorisation)

L’étiquette d’un bézoard de cheval du Muséum (Collection du Muséum avec leur aimable autorisation)

Marquage de deux bézoards de M. Balland au Muséum (Collection du Muséum avec leur aimable autorisation)Marquage de deux bézoards de M. Balland au Muséum (Collection du Muséum avec leur aimable autorisation)

Marquage de deux bézoards de M. Balland au Muséum (Collection du Muséum avec leur aimable autorisation)

Face externe et section d’un bézoard de cheval du Muséum (Collection du Muséum avec leur aimable autorisation)Face externe et section d’un bézoard de cheval du Muséum (Collection du Muséum avec leur aimable autorisation)

Face externe et section d’un bézoard de cheval du Muséum (Collection du Muséum avec leur aimable autorisation)

Les chiens errants 

La ville de Bordeaux fait aussi appel à l’usine de M. Médan lorsque les habitants d’un quartier se plaignent à la mairie des chiens errants. M. Médan possède une Citroën CA avec une remorque sur laquelle il y a des caisses, munies de trappes. Le conducteur est alors accompagné par trois policiers (municipaux ?). Lorsque le chien errant est repéré, le chauffeur l’attrape avec une sorte de lasso (une canne souple en osier au bout de laquelle un cuir passe dans un œillet). Les chiens sont mis dans les caisses. De retour à Eysines, ils sont placés dans les box d’un chenil. Ils sont gardés huit jours et s’ils ne sont pas repris par leurs propriétaires, ils sont euthanasiés.

Une photo du personnel de M. Chaigneau et entête de l’équarrissage de M. MédanUne photo du personnel de M. Chaigneau et entête de l’équarrissage de M. Médan

Une photo du personnel de M. Chaigneau et entête de l’équarrissage de M. Médan

D’autres animaux !

A partir de la fin des années 1950 vont se succéder différentes livraisons, dont voici quelques exemples rapportés par M. Philippe Médan.

-Un éléphant de cirque décède à Bordeaux. Il est amené au Bretey, mais sa peau est trop épaisse et il ne peut être découpé ; la décision est donc prise d’enterrer l’animal qui se trouve encore dans les sous-sols du domaine.

-Un animalier de Bordeaux reçoit sa commande : un lot de tortues terrestres de différentes tailles mais des animaux étant morts, il refuse tout le lot qui arrive donc à l’usine. Mais toutes les tortues ne sont pas mortes et elles s’échappent de la propriété envahissant les champs maraîchers où elles ne sont absolument pas les bienvenues, mais aussi les rues et jardins des enfants très heureux de s’approprier un animal de compagnie si tranquille.

-Un lot de langoustes irlandaises est déversé sur les terrains de l’équarrissage. Là encore toutes les bêtes ne sont pas mortes ! Les survivantes sont récupérées, très vite cuites et dégustées par les employés qui font un festin de roi.

-Un gros porc-épic d’environ 20 kg sera aussi dépecé et certains de ses pics transformés en porte-plume.

Avec cette troisième et dernière partie, nous terminons notre série sur l’équarrissage d’Eysines. Nos recherches complétées par les renseignements et documents fournis par Mme Mémoire, la directrice et M. Charles, l’archiviste du Muséum et par les souvenirs de M. Médan et de la famille Viaud nous ont permis de vous faire part de cette histoire importante et marquante dans la vie eysinaise. Nous les remercions tous de leur aide qui nous fut si précieuse …

 

Marie-Hélène Guillemet, Elisabeth Roux.

Tag(s) : #Histoire
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :