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Voici le second volet de l’histoire de Bois Grammond, étendue aux nombreuses autres propriétés de M. Michel Lemotheux et aux passions dévorantes de la famille Fabre de Rieunègre.

Tous ceux qui ont fait des relevés aux archives municipales ont rencontré un jour ou l’autre ce patronyme compliqué qui change suivant les années : Fabre de Rieunègre ou Robert Fabre de Rieunègre.

I – MM. Lemotheux et Fabre de Rieunègre

1/ M. René Michel Lemotheux :

Le 20 juin 1835, chez maître Pierre Dubois à Bordeaux, « M. Pierre Caze propriétaire, et Mme Marie Anne Brezets vendent pour 65 000 francs à M. René Michel Lemotheux, docteur médecin demeurant à Châteauneuf (Maine et Loire) logé actuellement 43 cours de Tourny à Bordeaux : un domaine appelé Boisgramont à Eysines consistant en maison de maître, logement du cultivateur, chai ou cellier, cuvier, écurie, remise, parcs et autres bâtiments d’exploitation, cour, jardin, garenne, agrément, vignes, terres labourables, prairies, bois taillis, landes et pacage, de la contenance d’environ 121,50 ha (soit environ 379 journaux, ancienne mesure de Bordeaux). Ledit immeuble avec toute appartenance et dépendance, servitude et mitoyenneté, vaisseaux vinaires, animaux pour la culture et tous autres immeubles par destination sans exception ni réserve. Sont aussi compris les objets mobiliers dont le détail essentiel suit : 8 lits avec ½ garniture, 600 francs – 30 chaises, 30 francs – 12 fauteuils et bergères, 30 francs – garniture de foyer, 30 francs  – batterie de cuisine, 20 francs -  vaisselle, 250 francs – orangers, 150 francs – 1 voiture, 2 harnais, 1 selle , 550 francs – 1 tonneau de vin, 200 francs – 40 barriques, 160 francs – bétail, 2800 francs – froment, seigle, avoine et haricots, 150 francs – armoire et pendule, 30 francs – soit 5 000 francs au total. »

Nous ne savons pas ce qui incite M. Lemotheux à quitter son Pays de Loire, où il semble propriétaire de différents domaines dont un four à chaux, pour venir s’installer à Eysines. Les archives municipales (les matrices cadastrales, listes électorales et états nominatifs) nous renseignent un peu sur M Lemotheux et sa famille. Après l’achat de Bois Grammond, en 1836 ou 1837, il achète tout Jallepont environ 12 ha, 147 terrains à la Fontaine,2 ha de terres agricoles et de cabanes au Marais, il augmente ses terres autour de Bois Grammond en achetant plus de 100 terrains, dont les futures propriétés de M. Montré à Lamothe Lescure, 21 terrains à La Luzerne au Haillan… En 1837, sur les listes censitaires, il est le 3ème plus riche propriétaire à Eysines avec 438,41 francs de contributions et, en 1841, il est le plus riche avec 756, 26 francs. À ce titre, il participe aux séances du conseil municipal avec les autres contribuables eysinais les plus imposés, lors des décisions importantes.

Cantinolle en 1811 à gauche et en 1844 à droite après les travaux de M. LemotheuxCantinolle en 1811 à gauche et en 1844 à droite après les travaux de M. Lemotheux

Cantinolle en 1811 à gauche et en 1844 à droite après les travaux de M. Lemotheux

Lamothe-Lescure : en 1811 à gauche et en 1844 à droite après les travaux de M. Lemotheux sur ses terrains (en haut à gauche sur le cadastre)Lamothe-Lescure : en 1811 à gauche et en 1844 à droite après les travaux de M. Lemotheux sur ses terrains (en haut à gauche sur le cadastre)

Lamothe-Lescure : en 1811 à gauche et en 1844 à droite après les travaux de M. Lemotheux sur ses terrains (en haut à gauche sur le cadastre)

La comparaison des cadastres de 1811 et 1844, nous permet de visualiser les énormes travaux qu’entreprend M. Lemotheux notamment à La Fontaine et à Lescure. Ces parcelles se transforment en des terrains soit entourés d’eau soit parsemés de viviers et fontaines. Il a su les mettre parfaitement en valeur !

L’acte de naissance de Laetitia Lemotheux et à la fin de l’acte la signature de son père
L’acte de naissance de Laetitia Lemotheux et à la fin de l’acte la signature de son père

L’acte de naissance de Laetitia Lemotheux et à la fin de l’acte la signature de son père

Dès 1841, il figure sur les états nominatifs de Bois Grammond avec son épouse Laetitia, deux filles Cornélia et Laetitia (née à Eysines), sept domestiques, femme de chambre et cuisinière pour la maison et un charretier, des vachers, valet et jardinier pour entretenir le domaine agricole.

En 1846, nous savons que M Lemotheux a 59 ans, il est toujours docteur médecin ; son épouse a 40 ans et leurs deux filles 18 ans et 8 ans. Treize personnes habitent et travaillent sur le domaine et il y a un régisseur.

Le 25 octobre 1848, leur fille aînée Arcélle Corcélie décède à Bois Gramont, elle a 20 ans.

L’acte de décès de Arcélie Cornélie Lemotheux

L’acte de décès de Arcélie Cornélie Lemotheux

En 1851 et 1856, nous retrouvons M et Mme Lemotheux et leur fille Laetitia avec, suivant les années, entre 5 et 15 personnes vivant et travaillant à Bois Gramont.

Le 8 septembre 1856, chez maître Thierrée Isidore et Castéga à Bordeaux, nous lisons le contrat de mariage concernant :« M. Pierre Léon Fabre de Rieunègre, avocat suppléant au tribunal de 1ère instance de Bordeaux, demeurant 4 place Rohan, fils de Jean Pierre Joseph Fabre de Rieunègre ancien conseiller à la cour d’appel de Bordeaux et de Marie Euphémie Constant tous deux décédés  et de Melle Laétitia Eugénie Cornélie Lemotheux sans profession, fille mineure de M. René Michel Lemotheux propriétaire et de Perrine Lemonier habitant ensemble domaine de Bois- Gramont ou Brezets » . Laetitia a dans sa dot la ½ part de Bois Grammond.

Le 23 avril 1857, M. Lemotheux entame une réclamation au Conseil d’Etat, au sujet de l’aqueduc du Taillan. Voici quelques extraits de ce mémoire :

Les 4 pages de la réclamation au conseil municipal de Bordeaux
Les 4 pages de la réclamation au conseil municipal de Bordeaux
Les 4 pages de la réclamation au conseil municipal de Bordeaux
Les 4 pages de la réclamation au conseil municipal de Bordeaux

Les 4 pages de la réclamation au conseil municipal de Bordeaux

« A MM. les conseillers municipaux de la ville de Bordeaux, Permettez que je vienne appeler votre attention la plus sérieuse sur le résultat des travaux commencés dans mon domaine de Cantinolle commune d’Eysines, pour l’établissement d’un canal vouté d’amenée des eaux du Taillan à Bordeaux…Il existe sur mon domaine des sources abondantes aussi abondantes que celles du Taillan, ne leur cédant en rien par la qualité des eaux et plus rapprochées de Bordeaux de 2,5 kilomètres…Le parcours du canal…n’impliquait nullement la nécessité de l’établir dans le voisinage de mes sources. Des inconvénients de tout genre devaient en résulter, et cependant c’est la direction qui a été donnée suivie avec opiniâtreté dont l’explication serait en vain demandée…J’ai signalé dès le principe les conséquences inévitables … on a coupé court à tout ce que j’ai pu dire…en m’objectant que le lit du canal dans le trajet du domaine de Cantinolle se trouverait fortement en contre-haut du niveau de mes sources…malheureusement il est venu justifier toutes mes prévisions …le lit du canal creusé à une distance très rapprochée de mes sources, au lieu d’être en contre-haut s’est trouvé en contre-bas de leur niveau : de là, déperdition de mes eaux qui naturellement ont été attirées par le canal. J’ai réclamé, je me suis plaint amèrement car mes eaux c’est ma fortune ; au moyen de travaux dispendieux et après de longues années de persévérance et d’effort, je suis parvenu à créer par elles un système complet d’irrigation appliqué à des terrains cultivés en jardins maraîchers que je vends couramment comme mes contrats publics en font foi 9 000 francs l’hectare tandis que sans ce principe de fertilisation ils vaudraient à peine 1 500 francs l’hectare. Sur le coup d’une dépossession aussi désastreuse …je me suis adressé à la justice de l’Empereur dont la bienveillante sollicitude a ordonné le renvoi de ma réclamation au Conseil d’Etat… »  et il termine ainsi : « En ce qui me concerne, l’objet de l’appel que je fais à votre juste intervention est d’obtenir que la construction du canal d’amenée dans le parcours de mon domaine soit fait de manière à ne pas compromettre ni l’existence de mes sources ni le régime de mes eaux ou bien que les travaux commencés soient définitivement abandonnés et qu’une direction qui fasse cesser pour moi toute cause de trouble et de préjudice soit adoptée. »

Les ventes de terrains commencent en 1863. En 1864, à La Fontaine, la ville de Bordeaux lui achète des terrains (de A 177 à 223) pour pouvoir exploiter les sources Lemotheux de Cantinolle.

Les terrains de Jallepont et une partie de ceux de la Fontaine (de A 230 à 243) sont vendus en 1865 à Girardeau Gabriel, propriétaire du vignoble château Cantinolles.

Les autres terrains de La Fontaine comme ceux du Marais sont vendus à divers propriétaires eysinais entre 1863 et 1868. Les terrains de La Forêt où se trouve le domaine de Bois Grammond ne sont pas vendus* à part les terrains de Lamothe-Lescure vendus en 1893 à M.Montré.(Le cadastre montre des terrains entourés d’eau, M. Lemotheux a dû y faire faire des travaux similaires à ceux de Cantinolle !)

Nous retrouverons Laetitia et son époux deux paragraphes plus loin !

Mais, revenons en arrière pour présenter :

2/Jean Pierre Joseph Fabre de Rieunègre *

*Nota : Jean Pierre Joseph Fabre de Rieunègre est le père de Pierre Léon.

Jean Pierre joseph Fabre de Rieunègre : A gauche tableau de la famille Fabre avec son autorisation – A droite tableau de la Cour d’appel de Bordeaux, propriété de la DRAC.Jean Pierre joseph Fabre de Rieunègre : A gauche tableau de la famille Fabre avec son autorisation – A droite tableau de la Cour d’appel de Bordeaux, propriété de la DRAC.

Jean Pierre joseph Fabre de Rieunègre : A gauche tableau de la famille Fabre avec son autorisation – A droite tableau de la Cour d’appel de Bordeaux, propriété de la DRAC.

Edouard Féret publie en 1889 un livre « Personnalités et notables girondins de l’Antiquité à la fin du XIX ème siècle », dans lequel il donne une petite biographie de M. Fabre de Rieunègre : « Fabre de Rieunègre(Jean Pierre Joseph) magistrat et agronome , né à Montréal (Aude) le 10 mars 1786 mort à  Bordeaux le 24 février 1853. Procureur du roi à Lesparre le 31 mars 1819, président du tribunal à Lesparre le 17 juin 1820, conseiller à la Cour de Bordeaux le 18 mars 1831.Viticulteur distingué, il fut l’un des premiers à introduire en Médoc la cuve à couvercle hermétique, aujourd’hui en usage dans les meilleurs crus ; Il est l’inventeur de la cage à presser, maintenant répandue dans toute la France. Son portrait peint par Fozembas se trouve chez son fils au château de Bois-Grammont. Lorsqu’il est nommé conseiller à la Cour de Bordeaux, il remplace M Poumayrol, nommé président. »

La nouvelle édition du livre d’Edouard Féret et le portrait de Fozembas dont parle Féret, portrait détenu par la famille. et avec leur aimable autorisation
La nouvelle édition du livre d’Edouard Féret et le portrait de Fozembas dont parle Féret, portrait détenu par la famille. et avec leur aimable autorisation

La nouvelle édition du livre d’Edouard Féret et le portrait de Fozembas dont parle Féret, portrait détenu par la famille. et avec leur aimable autorisation

Nous avons bien sûr fait des recherches complémentaires à l’état civil, à la BNF, etc… et voici ce que nous pouvons dire de M. Jean Pierre Joseph Fabre : il est né à Montréal dans l’Aude le 18 février 1784. Son père Dominique Fabre est notaire royal à Montréal, sa mère se nomme Marianne Andrieu.

Il fait ses études à Toulouse et se rend ensuite à Paris où il coopère à la rédaction de plusieurs ouvrages de jurisprudence. Nommé en 1814 conseiller-auditeur à la cour royale de Toulouse, il y devient conseiller titulaire en mai 1815. Le 20 mars 1816, Jean Pierre Fabre est autorisé par décret de Louis XVIII à joindre à son nom celui de Robert de Rieunègre, son patronyme devient donc Fabre de Robert de Rieunègre. Il est nommé procureur du roi au tribunal de Lesparre le 30 mars 1819 et en devient président le 17 juin 1820. Le 18 mars 1831, il est conseiller à la cour impériale de Bordeaux.

Le 9 octobre 1820, il se marie avec Marie Euphémie Constant, née à Lesparre le 29 juin 1801, fille de Pierre Constant notaire à Lesparre et de Thérèse Ancre. Euphémie reçoit en dot une maison à Lesparre, la métairie de Gadet, etc…

Deux enfants naissent à Lesparre : Dominique en 1822, Pierre Léon en 1823, puis deux enfants à Bordeaux : Françoise Geneviève en 1833 et Théodore en 1835.

La lettre au procureur décrivant la cérémonie d’inhumation à Lesparre

La lettre au procureur décrivant la cérémonie d’inhumation à Lesparre

Marie Euphémie décède à Bordeaux le 10 février 1836. Jean Pierre Joseph Fabre de Rieunègre décède d’une attaque d’apoplexie foudroyante au tribunal de Bordeaux le 24 février 1853. Ils sont tous deux inhumés à Lesparre dans le caveau des parents de Marie Euphémie ainsi que l’aîné de leur fils, Dominique, décédé en 1832 à dix ans.

En plus de sa fonction de magistrat, Jean-Pierre Joseph Fabre de Robert de Rieunègre s’intéresse à différentes choses. C’est l’époque où le Médoc innove dans les méthodes viticoles et tout naturellement il s’implique dans cette recherche avec MM. Popp, Delbos, Phélan, etc… propriétaires d’autres châteaux en Médoc. M. Fabre de Rieunègre est propriétaire de plusieurs châteaux près de Lesparre, le château La Cardonne à Blaignan, un château à Potensac et le domaine Raymond Bernard à Saint Trélody. Pour éviter que la vendange ne se dégrade avant d’arriver dans les cuves, il s’intéresse à trois solutions. La première consiste à diminuer la taille des douilhs plus faciles à hisser sur les charrois. A Potensac, il met aussi en place des fouloirs à double fond, le jus s’écoule naturellement sans que l’on ait besoin de remuer la vendange. Il fait installer dans son cuvier un plancher au-dessus des cuves, ce qui forme un étage séparé, il est alors simple de verser directement la vendange.  Le premier « cuvier du nouveau style » ou « cuvier à la médocaine » fut inauguré à Potensac chez M. Fabre de Rieunègre.

Petit extrait du livre de Pierre Roudié sur l’amélioration de vinification par M. Fabre de Rieunègre à Potensac
Petit extrait du livre de Pierre Roudié sur l’amélioration de vinification par M. Fabre de Rieunègre à Potensac

Petit extrait du livre de Pierre Roudié sur l’amélioration de vinification par M. Fabre de Rieunègre à Potensac

Extraits pages 415 et 416 du livre de M ; d’Armailhacq en 1850
Extraits pages 415 et 416 du livre de M ; d’Armailhacq en 1850

Extraits pages 415 et 416 du livre de M ; d’Armailhacq en 1850

Cette activité ne doit pas lui suffire car il rédige des articles dans les journaux pour exprimer son opinion sur des sujets très divers. Dès 1820, avec son beau-père, M. Constant, il dénonce le mauvais état du tribunal de Lesparre. Ils proposent alors des emplacements qu’ils possèdent, puis Adolphe Thiac soumet des plans et en 1834 le nouveau tribunal est prêt. C’est donc grâce à M. Fabre de Rieunègre que le tribunal de Lesparre est construit !

En 1843, un extrait du journal « l’Indicateur » relate sa protestation sur l’alignement-isolement de la cathédrale Saint-André de Bordeaux, contre les moyens proposés par le conseil municipal.

En 1845, le "Mémorial bordelais » édite son avis au sujet d'une taxe réclamée pour le curage d'un fossé.

En 1851, il écrit au sous-préfet de l'arrondissement de Lesparre « Au sujet de l'état du marais de Lesparre » …

Comme nous l’avons relaté plus haut, il décède au tribunal de Bordeaux. Son fils, Pierre Léon fait alors une demande « à l’effet de faire transporter et inhumer dans la commune de Lesparre les restes de feu M Pierre Joseph Fabre de Rieunègre , conseiller à la cour , décédé ce jour à Bordeaux Place Rohan … »

La sépulture des familles Constant et Fabre de Rieunègre à Lesparre
La sépulture des familles Constant et Fabre de Rieunègre à Lesparre

La sépulture des familles Constant et Fabre de Rieunègre à Lesparre

II – M et Mme Pierre Léon Fabre de Rieunègre et leurs descendants

1/M et Mme Pierre Léon Fabre de Rieunègre 

Le 3 avril 1858, chez Maître Guilhem à Bordeaux, un échange de propriété a lieu entre René Michel Lemotheux, Perrine Laumonier son épouse et Pierre Léon Fabre de Rieunègre, leur gendre :

« M. René Michel Lemotheux et Mme Perrine Laumonier son épouse, demeurant ensemble à Bois-Gramont

Et M. Pierre Léon Fabre de Rieunègre, leur gendre avant juge suppléant au tribunal de 1ère instance de Bordeaux, demeurant 48 fossé de l’Intendance…. » échangent « un domaine appelé Migra autrefois Galemouche à Delmant (Delmans, Delmont ?), commune d’Uchs réunie à celle de Lesparre, consistant en maison de maître, logements de cultivateurs, écurie et parc à vaches, palus le tout d’une contenance d’environ 21,63 ha, confrontant au levant les ex-héritiers Dubosq, au couchant le sieur Coutan, au midi la digue de ceinture du marais et au nord divers propriétaires. »

contre « la moitié du domaine de Bois-Gramont consistant en maison de maître, logement du cultivateur, chai ou cellier, cuvier, écurie, remise, parcs et autres bâtiments d’exploitation, cour, jardin, garenne, agrément, vignes, terres labourables, prairies, bois taillis, landes et pacage, de la contenance d’environ 121 ha. »

Avant 1876, sur les états nominatifs d’Eysines, nous ne trouvons pas la famille à Bois Gramont, ils vivent sans doute alternativement à Eysines ou à Bordeaux rue Margaux ou place (ou rue) Rohan !

A propos de la maison Place Rohan construite par M. Fabre de Rieunègre père, M. Sansas archéologue effectue des fouilles et relate ceci dans une séance de la Société d’archéologie le 27 juillet 1867 : « Place Rohan : Les maisons formant le côté levant de cette place n’étaient point sur le même alignement. Les unes se trouvaient en prolongement de la rue des Minimes (celle construite par M. Fabre de Rieunègre, il y a quelques années, était la dernière de cette catégorie vers le midi) ; les autres, placées entre la maison Fabre et la rue du Peugue, avaient leur façade en recul de plusieurs mètres.

Lorsqu’on construisit la maison Fabre de Rieunègre, on trouva, en creusant les fondations de la façade, un assez grand nombre de pierres richement sculptées, et dont plusieurs sont conservées au Musée de Bordeaux. Ces débris de monuments appartenant à l’époque gallo-romaine devaient former à l’ouest le soubassement du mur d’enceinte, car cette disposition s’est présentée partout ailleurs … »

Portait de Pierre Léon Fabre de Rieunègre, tableau de la famille Fabre avec son autorisation – étiquette de vin
Portait de Pierre Léon Fabre de Rieunègre, tableau de la famille Fabre avec son autorisation – étiquette de vin

Portait de Pierre Léon Fabre de Rieunègre, tableau de la famille Fabre avec son autorisation – étiquette de vin

A partir de 1876, toute la famille Fabre de Rieunègre est à Bois Gramont. En 1876, M et Mme et leurs 3 enfants Marie Anne 18 ans, René 15 ans et Camille 3 ans et des domestiques bien sûr, dont un certain Ciclot Seurin cocher qui sera plus tard le boucher du Bourg ; il se trouve à Bois Gramont car il est marié à Anne Fayou dont le père Jean Fayou travaille et vit au domaine depuis quelques années !

En 1891, la famille Fabre de Rieunègre est agrandie avec la petite famille de René, son épouse et leur fille Renée de 2 ans. De 1896 à 1901, nous ne retrouvons que M et Mme Fabre de Rieunègre et Camille avec les employés. En 1904, Pierre Léon Fabre de Rieunègre décède à Bois Gramont. En 1906, il ne reste au château que Mme Fabre de Rieunègre et Camille qui hérite du domaine. Des terrains du domaine de Bois Gramont sont vendus en 1905 à Beer (Bd Haussmann à Paris), qui semble être banquier, mais ils sont revendus rapidement ! La même année, quatre terrains passent à Carraire Louis et quatre autres terrains à Montamat, entrepreneur à Bordeaux. Et cela se poursuit jusqu’en 1911…

Extrait de l’article de la revue de géographie, où Pierre Léon Fabre explique ses nuages artificiels !
Extrait de l’article de la revue de géographie, où Pierre Léon Fabre explique ses nuages artificiels !

Extrait de l’article de la revue de géographie, où Pierre Léon Fabre explique ses nuages artificiels !

Pierre Léon est avocat à Bordeaux. De ses parents, il a hérité d’une maison à Pauillac et du domaine de Guadet en Médoc, de maisons à Bordeaux et il est propriétaire du château Lataste à Langoiran.

Tout comme son père, Pierre Léon Fabre de Rieunègre se passionne aussi pour améliorer les rendements viticoles. Il exploite bien sûr les vignes de Bois Gramont qui, de 1874 à 1886, produisent 100 tonneaux ; puis 23 en 1893, et 40 tonneaux les années suivantes.

Revenons à château Lataste pour lequel nous avons trouvé quelques renseignements. Les vendanges de 1868 et 1874 donnent 250 tonneaux de rouge et 12 tonneaux de blanc. En 1873, dans le journal de l’agriculture, Pierre Léon signe un article sur une expérience qu’il a mené à château Lataste « les nuages artificiels, contre les gelées printanières ». Il explique alors que ces nuages ne sont pas une nouveauté ! Il met donc un thermomètre dans sa vigne pour n’allumer les feux que s’il y a besoin. Ensuite, il utilise « de la balle de froment qui brûle lentement en dégageant beaucoup de fumée. Ces balles font environ 2,50 m de diamètre et sont espacées de 12 mètres environ » etc… l’article comporte cinq pages, il est donc extrêmement détaillé. En 1886, les vignes sont arrachées à cause du mildiou et du phylloxéra. Elles sont replantées car en 1894, les vendanges produisent 50 tonneaux de rouge et 12 tonneaux de blanc.

A 80 ans, Pierre Léon meurt à Bois Gramont, le 11 octobre 1904. Son épouse décède en 1916.

2/Les frère et sœur de Pierre Léon Fabre de Rieunègre  

Pierre Léon Fabre de Rieunègre est l’aîné de la fratrie.

Françoise Geneviève née en 1833, se marie en 1854 avec Jules Jean Pierre Louis Prom né en 1821, fils d’un grand négociant de la rue de la Rousselle et commanditaire de la société « Hubert Prom et Maurel ». Jules, l’époux de Geneviève, s’associe avec son cousin Joseph Prom pour créer une maison de commerce et un armement à Tampico au Mexique. M. et Mme Jules Prom sont propriétaires de château Vernous à Lesparre, ils héritent du domaine Ramond Bernard dans la succession Fabre de Rieunègre/Constant. Ils ont eu une fille Anne née en1863.

 Théodore Fabre de Rieunègre né en 1835, est un homme étonnant. Il ne semble pas avoir de profession, mais est comme son père et son frère un passionné d’agriculture. Il est membre de la société d’agriculture de la Gironde et collaborateur du journal d’agriculture. A ce titre, nous trouvons de nombreux textes signés de sa main dans cette revue, en 1864, 1868, 1869, 1870 jusqu’en 1894 ! En 1860, il semble (le prénom n’est pas indiqué !) déposer un brevet d’invention pour la « ravale », machine à aplanir le terrain. Il propose aussi en 1892, dans la revue agricole, un article sur la taille des vignes après des gelées.

Les 3 articles de Théodore en 1863
Les 3 articles de Théodore en 1863
Les 3 articles de Théodore en 1863

Les 3 articles de Théodore en 1863

Il hérite du château La Cardonne de Blaignan de ses parents. En 1863, il collabore dans la revue agricole avec d’autres dans la rubrique « Nouvelles de l’état des récoltes » en avril, mai et septembre pour le château La Cardonne :  le 27avril : « Le brome de Schrader que j’ai semé il y a trois semaines est bien né, ainsi, que le blé que vous m’avez donné. La sécheresse arrête son développement. La vigne pousse très vivement avec cette température, et le retard qu’elle a éprouvé, aussi les escargots auront tort cette année. L’altise seule sera à craindre. Les mannes sont partout bien sorties, elles sont généralement armées de vrilles spirales qui indiquent une forte coulure en verjus, elles ne sont pas doubles mais elles sont nombreuses. Du reste les divers modes de « mannade» ne prouvent guère rien pour l’avenir de la récolte. » Le 2 juin 1865 : « Beaucoup de pluies, et par conséquent abondance de fourrages, difficiles à récolter dans de bonnes conditions. Les blés et avoines sont très beaux, et la floraison s’est bien faite. Il n’en est pas de même pour la floraison de la vigne qui, bien menée jusques ici par une température exceptionnelle, se trouve malheureusement arrêtée hier, et surtout aujourd’hui, par un temps orageux et des coups de soleil terribles. Déjà, les vrilles ont absorbé la force de la manne, dont la conformation est loin d’être robuste. La petite calotte qui recouvre les étamines se soulève difficilement, et d’une manière inégale. J’insiste sur ce phénomène, les étamines se soulève difficilement, et d’une manière inégale parce que c’est le point capital de la floraison, et qu’il est général pour le pays tout entier. L’altise a fait quelques ravages. » Le 9 septembre : « Nous avons commencé à vendanger depuis le 3 courant. Pas une goutte de pluie depuis trois semaines ; jusques ici rien n’autorise à juger la qualité en bien ni en mal. On doit seulement constater une très grande précocité, une cueillette sans pluie, et une très belle couleur. En effet, deux cuves chargées de raisins de jeunes vignes, que je suis en train d’écouler ce matin, donnent, centre mon attente, un vin excessivement coloré. Si vous voulez bien vous reporter à ce que j’avais l’honneur de vous écrire le 27 avril et le 2 juin… »

Le 15 juillet 1875, Théodore achète aux enchères le Grand-Darnal à Bruges. Il plante la vigne et fait construire les beaux chais, encore visible aujourd’hui. En 1878 et 1881, château-Grand-Darnal est mentionné dans « Bordeaux et ses vins ». Le 25 octobre 1893, la propriété avec un vignoble de 10 hectares est revendue à madame veuve Mesnard. (Merci à Mémoire de Bruges pour ces précisions)

En 1879, il est propriétaire des sources de Barzun dans les Pyrénées. Il propose à la ville de Luz de faire descendre ses eaux dans la ville pour que des thermes puissent être ouverts.

Il pourrait être aussi le propriétaire du pavillon de Parsan à la pointe de l’Aiguille à Arcachon ; en 1894, il dénonce dans la presse le manque de protection que subit la plage d’Arcachon.

L’annonce du décès de Théodore dans le journal d’Arcachon
L’annonce du décès de Théodore dans le journal d’Arcachon

L’annonce du décès de Théodore dans le journal d’Arcachon

Il se marie en 1871 à Bordeaux avec Marie Gabrielle Lafon.  Ils ont un fils Eugène, né en 1873 et une fille Jeanne née en 1875. Théodore meurt en 1901.

3/Les enfants de Pierre Léon Fabre de Rieunègre et de Laetitia Cornélie Eugénie Lemotheux

Marie Anna naît à Bordeaux en 1858. Elle se marie en 1883 à Bordeaux avec Mathieu François Georges de Guitard.

René naît en 1861 à Bordeaux, il est courtier, il se marie en 1888 avec Lise Marie Louise Elisabeth de Castelnau d’Esselnault. Il décède en 1896, à 35 ans. Nous avons retrouvé aux archives de Bordeaux Métropole, tout à fait fortuitement, des condoléances adressées au marquis de Castenau, académicien à Bordeaux. Ils ont eu deux filles Marie Renée Caroline et Jeanne.

Camille naît en 1874, a un fils Léon Pierre en 1909, il est aussi courtier et se marie en 1919 avec Célina Sophie.Il décède en 1935.

Pierre Léon Fabre de Rieunègre a acheté le 8 mars 1875 une concession au cimetière d’Eysines (sépulture n° 444- longueur de 3,30m et largeur de 2,78 m). Elle porte le nom de « Tombeau de la famille Lemotheux » sans doute en hommage à ses beaux-parents. Le premier à être inhumé est Pierre Léon le 12 octobre 1904, puis son épouse le 13 avril 1916 et en 1935 Camille leur fils. Ce caveau est toujours le caveau familial des descendants de Pierre Léon et Laetitia.

La sépulture de la famille Lemotheux et Fabre de Rieunègre à Eysines
La sépulture de la famille Lemotheux et Fabre de Rieunègre à Eysines

La sépulture de la famille Lemotheux et Fabre de Rieunègre à Eysines

Que dire en conclusion ? L’histoire de cette famille nous a fait parcourir la seconde moitié du XIXème siècle et découvrir des personnalités exceptionnelles dont la richesse allait de pair avec un esprit de curiosité et d’innovation dans de nombreux domaines…

Michel Baron, Marie-Hélène Guillemet, Gilbert Sifre, Elisabeth Roux.

Tag(s) : #Histoire
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