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Introduction

Cette propriété du 22 rue Seguin va bientôt devenir un espace municipal d’activités artistiques. Avant de la découvrir dans cette nouvelle affectation, voici son histoire.

Depuis la rue Seguin
Depuis la rue Seguin

Depuis la rue Seguin

Depuis le parking du Pole éducatif.

Depuis le parking du Pole éducatif.

Les premières recherches la concernant ont été menées par Joël Perrin et Michel Baron. Joël était le fils du docteur Perrin de Lescombes et de Mme Perrin, institutrice aux écoles du Bourg auprès des garçons puis des filles. Joël Perrin travailla de longues années à l’Inventaire du Patrimoine à Bordeaux et y a laissé des fiches très précieuses. Michel Baron, premier président de notre association, a entrepris depuis plusieurs décennies d’innombrables recherches aux archives départementales. L’histoire d’Eysines, du Moyen-Age à la Révolution, n’a bientôt plus de secrets pour lui. Michel Baron répond avec énormément de gentillesse et de patience à nos multiples questions sur ces siècles passés, il est notre référence, nous lui devons beaucoup.

Les relevés des actes notariés ont été faits aux archives départementales.

Notre petite équipe de recherche aux archives municipales a poursuivi par le dépouillement des matrices cadastrales pour affiner cette étude jusqu’à ces dernières années.

Mais avant d’aller plus loin, voici un petit explicatif des termes anciens employés.

 

Termes employés (ce signe* dans le texte vous renvoie à ces définitions)

Bourdieu : à l’époque moderne (de la fin du Moyen-Age à la Révolution) exploitation à dominante viticole dont le propriétaire est un riche bourgeois bordelais ou un noble de robe. (bourdieu et mayne semblent être employés indifféremment au Moyen-Age)

Fief : bien confié par un seigneur à un vassal ; par extension le terme s’applique également aux tenures.

Mayne : propriété agricole avec bâtiments agricoles appartenant à un noble ou un bourgeois.

Reconnaissance : acte (notarié) pour instituer une tenure et son tenancier.

Tenancier : celui qui détient une tenure, terre appartenant à un seigneur.

Tènement ou tenure : terre tenue d’un seigneur moyennant le paiement d’une redevance.

Le bourdieu* d’Eysines et la famille de Ferron

Ce bourdieu* appartient aux Dames de l’Annonciade et M de Ferron leur paie des droits féodaux pour ce ténement*. Raymond de Ferron est noble mais ni sa famille ni lui-même ne possèdent de maison noble à Eysines.

Raymond est à la fois le neveu de François de Ferron, chevalier et seigneur de la maison noble de Carbonnieux et celui d’Astrubal de Ferron, chevalier seigneur d’Ambus.

Signature de François de Ferron seigneur de Carbonnieux en haut et celle d’Astrubal de Ferron en bas

Signature de François de Ferron seigneur de Carbonnieux en haut et celle d’Astrubal de Ferron en bas

Raymond est la sixième génération après Arnaud de Ferron, sans doute le plus illustre de cette grande famille de Ferron. Arnaud de Ferron (1515-1563, fils d’un conseiller au Parlement et Jurat de Bx) est contemporain d’Elie Vienet, de La Boétie et de Montaigne. Arnaud de Ferron a étudié le droit. Le 21 avril 1536, à 21 ans, suite à la démission de son père, il devient conseiller au Parlement de Bordeaux, puis jurisconsulte. C’est aussi un historien, il a traduit des auteurs grecs et romains, a laissé un « commentaire sur la coutume de Bordeaux » et aussi une « Continuation de l’histoire de France de Paul Emile (général romain du 2ème siècle avant JC) à Henri II ».

Historique de ce bourdieu de la fin du XVII° siècle à aujourd’hui

En 1648, la description d’un mayne*, dans une reconnaissance* de Jeanne Pineau en faveur des Dames de l’Annonciade, semble correspondre à la propriété qui deviendra celle de M de Ferron.

Le sceau de maître Grégoire

Le sceau de maître Grégoire

En 1690, dans les dossiers de M° Barthélémy Grégoire nous trouvons une liste de fiefs détenus à Eysines par M de Ferron. Cependant ces textes sont très difficiles à déchiffrer et nous avons renoncé à trouver où est située chaque parcelle !

Photos du contrat du 29 juin 1699
Photos du contrat du 29 juin 1699

Photos du contrat du 29 juin 1699

Le 29 juin 1699, un acte chez M° Barthélémy Grégoire, relate un contrat entre « noble Raymond de Ferron écuyer habitant audit Bordeaux quartier Notre Dame du Pui Paulin d’une part, et   Pierre Menta tuilier habitant de la paroisse d’Eysines …. vendu audit Sieur De Ferron 42 barriques de chaux …1200 de tuiles…. briques carreaux et autre marchandise qu’il aura besoin pour construire la bâtisse de la maison d’Eysines qu’il fait bâtir actuellement »

Photos de l’acte du 23 octobre 1725
Photos de l’acte du 23 octobre 1725

Photos de l’acte du 23 octobre 1725

Le 23 octobre 1725, chez M° Brun, nous lisons « le tènement* de M de Ferron règne le long du chemin vers le sud-ouest depuis Peyre Miqueau jusqu’à la croix de mission » ; ce chemin n’est autre que la rue Seguin  : Peyre Miqueau est à peu près la place de la Croix de  Lescombes, la croix de mission désigne le terrain du cimetière au lieudit « la mission ».

M Raymond de Ferron vend son tènement à Jean Beylac avant 1766.Nous n’avons pas trouvé l’acte de vente, mais un texte notarié du 31 mai 1766 signale l’achat d’un autre ténement par Jean Beylac qui fait face à celui qu’il tient de M de Ferron.

Le 9 janvier 1785, la succession de Pierre Baylac (fils de Jean) est réglée en faveur de demoiselle Baylac , mère des filles de Matthieu Robin.

Le 23 novembre 1790, les filles de Matthieu Robin rachètent les droits seigneuriaux à Bodin de St Laurent, le 26 aux religieuses de l’Annonciade et le 27 à M Duret de la Plane ! Leurs biens s’étendaient donc sur plusieurs maisons nobles, respectivement : Bois Salut, la Salle Carpenteyre et La Plane (château Lescombes).

1ère page et signatures de la dernière page de l’acte du 23 novembre 1790
1ère page et signatures de la dernière page de l’acte du 23 novembre 1790

1ère page et signatures de la dernière page de l’acte du 23 novembre 1790

Le 28 novembre 1790, les filles de Matthieu Robin vendent à Raymond Antoine Dubergier :

« … un bien de campagne actuellement appelé à Ferron, situé à Eysines consistant en logement pour le maître, cour, chays, cuvier, logement pour le vigneron, écurie, remise et autres bâtiments attenants ; jardin, verger, terre labourable et vigne, plus des échoppes, jardins, granges chais et autres bâtiments vers le devant du verger et pareillement attenant ; tous ces objets formant enclos.

Plus deux échoppes, jardin et terrain attenant, situé vis-à-vis la cour de ladite maison de l’autre côté du chemin ; ces objets provenant et restant de ceux acquis par le sieur Baylac ayeul des dites Dames, de M Mittchell, suivant contrat du 31 mai 1766 … »

Plus loin, l’inventaire donne des précisions sur les pièces et leur mobilier

« Chambre : lit à baldaquin avec rideaux jaunes, lit à rideaux rouges, une seringue, un garde-manger, une malle, une grande marmite de cuivre rouge, un tableau, un grand plat de fayence. - Cuisine : meubles, ustensiles et vaisselle (détail dont un moulin à café et un tourne broche). - Salon à manger : huit tableaux. - Cabinet de toilette : plusieurs tableaux, deux miroirs. - Dépendance. - Cave : plusieurs bouteilles pleines de vin. - Salle : trois miroirs, six gravures de Vernet, quatre tableaux. - Chambre à coucher : tableaux. - Salle de billard : un billard avec la lanterne, un miroir, tableaux. - Chambre à côté. - Chambre au fond. - Autre chambre. - Remise. - Cuvier. - Chai. - Fournière. - Ecurie. - Grenier de l’écurie. - Grenier à blé.

Le 7 août 1793, Jean Antoine Dubergier vend Le Ferron à Gérard Gandeford.

En 1825, Jean Baptiste Sourdois est propriétaire de cette maison de 27,80 perches et en 1841 il vend la maison à trois propriétaires qui se la partagent ainsi :

- Saux Epiphane fils, maison et sol de 2 perches

- Chaussade Aimé dit Miquelot, bouvier à Lescombes, maison et sol de 50m et jardin de 4 perches

- Laborde Mathieu gendre Gatineau, maison et sol de 25m et jardin de 4 perches.

Cette propriété est répertoriée C 21 sur le premier cadastre napoléonien de 1808 (ou 1811).

A gauche, cadastre de 1811 et à droite cadastre de 1844
A gauche, cadastre de 1811 et à droite cadastre de 1844

A gauche, cadastre de 1811 et à droite cadastre de 1844

Le cadastre de 1844 nous montre une propriété morcelée en cinq parcelles désignées ainsi : C893 maison et emplacement de 2,65 ares - C894 bâtiment de 0,50 are - C895 bâtiment de 9,30 ares - C896 maison et emplacement de 1,55 ares -C897 bâtiment de 1,60ca. Entre 1872 et 1906, ces parcelles sont vendues de quatre à six fois… Sur le cadastre de 1967, plusieurs propriétaires se partagent toujours cette grande bâtisse.

Dans les années 1980 peut-être, Joël Perrin (1945 -1999) décrivait cette propriété ainsi : « Propriété de M. Massongrosse maison datant semble-t-il de la 2ème moitié du XVIIème : un porche central la sépare en deux parties, celle de gauche a un caractère d’origine, celle de droite a été restaurée maladroitement - un rez-de-chaussée sur caves voûtées - un étage en surcroit ouvert par oculi, de grandes fenêtres rectangulaires ouvrent la façade- A l’entrée gros portail en pierres »

Au XXème siècle, Le Ferron fut la propriété de plusieurs familles eysinaises et y ont vécu par exemple dans la partie ouest, la mère de Pierre Médan (grand-père de Philippe) puis M Miramont, dans la partie est M Argillos….

Cadastre de 1967

Cadastre de 1967

Les bâtiments vus de l’arrière, côté parking pôle éducatif
Les bâtiments vus de l’arrière, côté parking pôle éducatif

Les bâtiments vus de l’arrière, côté parking pôle éducatif

Détail du pilier du portail côté gauche, rue Seguin
Détail du pilier du portail côté gauche, rue Seguin

Détail du pilier du portail côté gauche, rue Seguin

Conclusion

Le Ferron va donc prochainement retrouver son unité. Nous espérons que sa sobre architecture rurale de la fin du XVIIIème siècle sera mise en valeur et que ses nouveaux occupants sauront se montrer respectueux envers des lieux ayant une histoire de près quatre cents ans…

Marie-Hélène Guillemet, Dany Lagnès, Michel Legros, Elisabeth Roux.

Tag(s) : #Histoire
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