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Les explications devant la gareLes explications devant la gare

Les explications devant la gare

Le ciel menaçant et les prévisions météo alarmantes n’ont pas entamé l’ardeur d’une cinquantaine de visiteurs, eysinais et membres des associations amies, venus participer à cette après-midi. Nous avons effectué le parcours, ponctué de nombreuses haltes, sans pluie et avec un enthousiasme partagé.

Nota : Nos commentaires sur l’histoire de la gare et du Moulin Blanc sont le résultat de longues recherches d’un petit groupe de travail.

Inscriptions à la gare : côté cour « chemins de fer » et côté voies « Eysines »Inscriptions à la gare : côté cour « chemins de fer » et côté voies « Eysines »

Inscriptions à la gare : côté cour « chemins de fer » et côté voies « Eysines »

1/ A l’ancienne gare, Marie-Hélène Guillemet évoque d’abord la construction de la voie et de la gare :la ligne Bordeaux -Lacanau a été ouverte dès le 21 décembre 1885 par la Société Générale des Chemins de fer Economiques. Comme on peut encore le voir aujourd’hui, la gare se composait du bâtiment-voyageurs, de la halle à marchandises en bois et attenante avec son quai surélevé et à l’écart la lampisterie.

La lampisterie

La lampisterie

Le trafic portait à la fois sur les marchandises et les voyageurs. Selon les époques, les trains ont assuré jusqu’à 2 ou 3 AR par jour pour un trajet dont la durée passe de 2heures à 1 heure en fonction de l’évolution du matériel roulant (passage de la traction à vapeur à l’autorail diesel). Peu à peu cependant, le trafic diminue et d’autres moyens de déplacement concurrencent le train provoquant ainsi la fermeture progressive de la ligne entre 1954 et 1978.

En ce qui concerne les chefs de gare, nous les avons retrouvés de 1886 à 1936. Parmi eux, une seule femme a été chef de station de 1921 à 1936 : Jeanne Fourton.

Une version plus longue et plus détaillée de cette histoire des chemins de fer économiques vous sera communiquée cet été.

Shiulet et sureauShiulet et sureau

Shiulet et sureau

2/ Le long de l’ancienne voie ferrée, sur l’accotement de la piste cyclable, nous découvrons grâce à Jean-Marie Campet, les différents chardons, le "shiulet"en occitan ou sifflet en français (la fleur blanche en séchant se transforme en sifflet), le myosotis bleu, la viperine bleue abondante, la mauve pâle encore fleurie, le melilot, le pissenlit, enfin la carotte sauvage. Un arbuste, le sureau noir, dont les ombelles sont blanches et plus loin la folle avoine terminent ce petit inventaire botanique.

Explications devant la maison de la garde-barrière et façade côté voies avec le n°5 inscrit en rougeExplications devant la maison de la garde-barrière et façade côté voies avec le n°5 inscrit en rouge

Explications devant la maison de la garde-barrière et façade côté voies avec le n°5 inscrit en rouge

3/ Devant la maison de la garde-barrière, Marie-Hélène Guillemet nous rappelle l’importance du rôle de ces femmes, épouses de cheminot qui devaient fermer les barrières 5 minutes avant l’arrivée du train, indiquée sur leur feuille de marche, et aussi surveiller les voies.

La maison et le puits de la garde-barrièreLa maison et le puits de la garde-barrière

La maison et le puits de la garde-barrière

4/ En progressant dans le Marais, nous longeons un large fossé au fond duquel coule un filet d’eau : c’est le ruisseau du Bourg. Il serait alimenté par un bras secondaire ou une résurgence du Limancet. Ce ruisseau se déversait à côté de château Lescombes. Lors de fortes pluies, le « trou » débordait, l’eau s’écoulait dans la Grand’Rue (actuellement avenue de la Libération) qui avait même une forme de Vé pour permettre plus facilement cet écoulement ! Au May du Merle, l’eau suivait la rue Aladin Miqueau et se jetait dans le ruisseau un peu plus loin.

En chemin et moutarde sauvageEn chemin et moutarde sauvage

En chemin et moutarde sauvage

Jean-Marie Campet nous précise qu’il y eut jusqu’à 500m2 de cressonnières en amont de la piste cyclable et 1000m2 en aval. Les sources affleuraient naturellement : par exemple au Vigean, une source entre le Parc et le lycée, une autre dans le bas de la rue de Pauillac (l’emplacement des "pages jaunes") et rejoint celle de Gasteboy pour alimenter les cressonnières de Plassan et celles à l’emplacement des jardins familiaux actuels. Chez Renouil, au Vignan, deux sources sont toujours abondantes. Dans d’autres endroits, on captait l’eau du sous-sol à l’aide de puits comme chez Mme Sanguinet.

Dans les années 1960, une mauvaise propagande faite dans la presse, à partir de quelques rares cas en France de maladies transmises par du cresson élevé dans des eaux contaminées par la douve du mouton ont eu un impact tel que les français ont eu peur et n’ont plus acheté de cresson. La culture a dû stopper faute d’acheteur !

Madame Sanguinet explique en détail le travail pour la culture du cresson
Madame Sanguinet explique en détail le travail pour la culture du cresson
Madame Sanguinet explique en détail le travail pour la culture du cresson

Madame Sanguinet explique en détail le travail pour la culture du cresson

5/ Rue du moulin Blanc, la culture du cresson et des asperges nous est racontée par madame Sanguinet. Dans le terrain en contrebas de la route, Madame Sanguinet nous décrit les cressonnières où elle a travaillé de longues années. Les sources étaient captées par des puits qui alimentaient les cressonnières à leur extrémité (l’eau dans le marais est à 40 cm de profondeur) ; il y avait 2 cressonnières à angle droit donc 3 puits, un à l’angle et un à chaque extrémité. Dans la cressonnière l’eau montait à peu près à 20 cm. Vers le 1er septembre, on commençait par arrêter l’eau pour nettoyer avec un trident, on enlevait l’herbe, on mettait du fumier, on bêchait à la pelle-bêche.  Puis l’eau était remise et son courant naturel égalisait la terre. Le cresson était planté en quinconce (les plants de cresson étaient produits à Bruges). On commençait la récolte fin septembre et on terminait en mars. Lors de la cueillette, on faisait des bottes que l’on liait avec du jonc, remplacé plus tard par le raphia puis les dernières années par un lien imprimé avec le nom et le numéro délivré par la préfecture. On coupait les racines que l’on repiquait immédiatement. Le cresson poussait en quinze jours environ. Par contre en janvier il végétait. Mais dès février il poussait vite. Madame Sanguinet cueillait aux heures les moins froides, en général de midi trente à quinze heures. Elle faisait alors 60 bottes de cresson à l’heure. Elle vendait sa production au marché des Capucins. Suivant les années, vers la mi-mars, le cresson commençait à fleurir et il n’était plus comestible. On arrachait tout, on laissait l’eau dans les cressonnières et la chaleur provoquait une petite nappe opaque de 2 à 3 cm d’épaisseur. Sous cette couche les anguilles proliféraient !Les cressonnières restaient ainsi tout l’été et au 1er septembre on vidait etc…

Ce sont les parents de Mme Sanguinet, M et Mme Chevalier, qui cultivaient les asperges ; cette culture se pratiquait dans les sables blancs, depuis la fin du XIXème siècle ; la production se faisait sur une surface d’au moins 2ha à Eysines (chez Eyquem, Baudon, Laporte, Georges Parenteau…). On plantait des griffes qui donnaient au moins pendant 15 années, on mettait du fumier, on formait des buttes. La récolte se faisait lorsque la pointe de l’asperge apparaissait, avec une gouge que l’on enfonçait et qui permettait de couper l’asperge. A l’automne, on préparait les futures asperges : on ouvrait la butte, on fumait, puis on refermait.

La réguette et les jardins cultivés du MaraisLa réguette et les jardins cultivés du MaraisLa réguette et les jardins cultivés du Marais

La réguette et les jardins cultivés du Marais

6/ Au milieu des jardins cultivés, au croisement de la rue du Moulin Blanc et du Sesca, nous voyons d’un côté la Réguette et de l’autre le ruisseau du Vignan. La Réguette a sans doute été creusée sur les indications du marquis de Bryas lors de ses travaux d’assèchement du Marais. Elle était semble-t-il librement alimentée par les sources du Sesca, alors que maintenant elle part de la Jalle. La Réguette aboutit toujours au niveau du moulin Noir.

D’autres vues sur les jardins du MaraisD’autres vues sur les jardins du Marais

D’autres vues sur les jardins du Marais

 

7/ Devant sa cabane, monsieur Bosq nous parle des cultures et du manège à cheval. Depuis1967, M. Bosq est la troisième génération de maraîchers exploitant ces jardins (2,5 ha en propriété et 3 ha en fermage). Cinq personnes de la famille, à plein temps, cultivaient tout en plein champ : en hiver, des pommes de terre, poireaux, salades, choux, céleri, navets, etc…et en été des pommes de terre primeurs et des laitues. Les semences étaient faites sur la propriété sauf celles des pommes de terre, achetées. Il y avait alors 100 tonnes de pommes de terre récoltées par année. Le travail du sol se faisait avec différentes machines : charrue, épandeur d’engrais, herse vibrante, planteuse ou semoir, butteuse à règes. On employait bien sûr des engrais, de l’azote etc., les traitements étaient préventifs. L’arrosage était obtenu par pompage.  Au départ la commercialisation se faisait au marché des Capucins puis à la Sica maraîchère.

Il y avait alors une cabane en bois, comme celle de M Barbier que l’on voit de l’autre côté de la route. Elle menaçait de s’écrouler, une nouvelle cabane en briques a été construite en 1968(celle qu’on la voit aujourd’hui).

Un manège à cheval servait autrefois à pomper l’eau du Marais. Le cheval attelé tournait et l’eau remontait dans une grosse vis sans fin de 3 m de long.

 

La Jalle, le Moulin Blanc, ses arches  et ses éclusesLa Jalle, le Moulin Blanc, ses arches  et ses écluses

La Jalle, le Moulin Blanc, ses arches et ses écluses

8/ Au Moulin Blanc, Elisabeth Roux présente l’activité, les propriétaires et meuniers successifs de ce moulin.

Le Moulin Blanc, appelé autrefois Lande Moulin ou Moulin de la Lande, est bâti en lit de rivière sur la rive sud de la Jalle d’Eysines, endiguée sur cette partie.

Le moulin tel que nous le voyons aujourd’hui avec ses murs de pierre, son toit à longs pans recouvert de tuiles creuses a été reconstruit au début du XIXème siècle et remanié après 1844. Nous savons qu’en 1634 le moulin a deux roues, deux meules et en 1880 il y a trois paires de meules. Les écluses sur le côté ont été refaites en 1970 par l’ASA (=Association syndicale autorisée) dont faisaient partie MM Baron, Baquey, Bos, Bosq etc… Auparavant, elles étaient en bois, faites par Albert Villemeur, menuisier au Bourg.

Un moulin existait peut-être à cet emplacement dès le XIIème siècle. Au Moyen-Age, le moulin appartenait à la juridiction du seigneur de Blanquefort, puis à celle de la Jurade de Bordeaux. Mais il était placé sous « la directe » des Templiers, seigneur foncier.

Différents propriétaires et meuniers se succèdent au cours des siècles.

  • En 1631, Jacques Duval est propriétaire, Jehan Pirault puis Jehan Bourdesoule sont meuniers.
  • De 1643 à 1748, le moulin appartient à la famille d’Hosteins, les meuniers sont successivement Arnaud Baytaud, Heliès Lasserre, Jean Andron, Pierre Bidon.
  • En 1748, Ambroise d’Hosteins vend Landemoulin à Charles de Lavie, président du parlement de Bordeaux et propriétaire du ch. Du Taillan. De 1751 à 1768, il y a trois meuniers : François Cherbe, Jean Miqueau, Pierre Bidon.
  • En 1824, le marquis de Bryas hérite de Mme veuve Lavie, la mère de son épouse. Il fait reconstruire le moulin, véritablement agrandi d’après les cadastres, et construit dès 1856 des cabanes dans le marais qu’il a contribué à drainer. Les meuniers sont Larion Jean et Batardieu Pierre, aide farinier, Rossignol Pierreet Duchamp Matthieux.
  • En 1859, le Comte de Bryas succède à son père. Des modifications sont apportées au moulin entre 1859 et 1862 selon les matrices cadastrales.
  • De 1866 à 1877, le moulin semble avoir des activités différentes que celle de la meunerie classique.
  • En 1875, le moulin appartient à MM. Bourat et Jabonneau qui envisagent la création d’un atelier de lavage de laines et peaux de moutons. Pourtant ce projet ne semble pas avoir eu de suite…
  • En 1877 ou 1880, le moulin est acheté par François Glaunès, meunier. En 1885, il embauche Louis Archimbaud, mais reste propriétaire jusqu’en 1889.C’est le seul meunier propriétaire du moulin !
  • De 1889 à 1923, Jean Ballan puis son fils, propriétaires de l’équarrissage du Breteuil, possèdent Lande Moulin. Durant cette période, nous avons trouvé 3 meuniers : de 1891 à 1896, Baptiste Chanet ; en 1900, Joseph Venier ; de 1906 à 1911, Emile Ribaud.
  • En 1923, le moulin change définitivement d’activité puisqu’il devient cabaret, restaurant, etc.…De 1923 à 1928, Marty Gaston est cabaretier à Lande Moulin.  En 1928, Marie Serres, épouse de Célestin Clavé, est restauratrice à Lande Moulin. Leur fille, Gaby Martin est propriétaire à la suite de ses parents. Dans les années cinquante, selon certains témoignages, le moulin a vendu des pains de glace fabriqués au moulin de Gajac de St Médard en Jalles.
  • Actuellement les propriétaires sont M Baran et son associé, le filleul de Gaby.
BALADE EYSINAISE « De l’ancienne Gare au Moulin Blanc, par le Marais » samedi 18 mai 2019

Notre circuit s’achève et le retour à la gare se fait au rythme de chacun par les petites routes et chemins de notre beau Marais.

Nous remercions M Mesplède, adjoint à l’environnement, pour sa présence assidue à nos côtés. Merci à Mme Sanguinet pour sa disponibilité et sa gentillesse, à Serge Bosq, membre de notre association pour ses interventions au long de la balade et devant sa cabane.

Clin d’œil : M Sibassié Jérôme ou Daniel, d’une ancienne famille vigeanaise, né en 1898, fut employé aux chemins de fer du Midi, puis à la SNCF, du 4 mai 1915 au 1er septembre 1956, date de sa retraite. Conseiller municipal, il fut sans doute le premier eysinais à faire des recherches sur l’histoire de notre commune, comme en témoignent de nombreux articles parus dans les bulletins municipaux. Nous avons aussi conservé aux archives municipales de nombreuses fiches écrites de sa main. Aujourd’hui, nous essayons d’être à la hauteur de ses premières ambitions et de poursuivre son travail et tenions donc à lui rendre hommage à cette occasion.

 

 

Les photos sont de Michel Legros et Jean-Marie Campet

 

Marie-Hélène Guillemet et Elisabeth Roux

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