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Le dépôt Olida au Vigean

Sur une piste…

Les Vigeanais, lors de nos interviews, ont souvent évoqué le dépôt Olida. Nous avons donc demandé à Mme Lacrampette, adhérente de notre association mais aussi et surtout fille de M Chevreau, ancien directeur d’Olida au Vigean, de nous parler de cette entreprise. MM Claverie père et fils, anciens garagistes au Vigean, et M C. Facione ont complété cette histoire avec leurs propres souvenirs.

A partir de ces premiers éléments, nous avons fait des recherches aux archives départementales et au greffe du tribunal de commerce de Bordeaux. Celui-ci n’ayant pas les informations que nous cherchions nous a donné l’adresse du greffe de Nanterre, qui nous a renvoyé à celui de Paris dont dépendait le siège national d’Olida. Malheureusement, nous avons reçu cette réponse : « Suite à votre courrier, étant donné l’ancienneté de la société, le greffe de Paris ne possède plus d’archive la concernant. » Peut-être faudrait-il aller aux archives de Paris, mais nous n’allons pas nous déplacer si loin…

Nous vous racontons donc une histoire forcément incomplète…

Nous remercions vivement Mme Lacrampette pour sa grande disponibilité lors de ces recherches ainsi que MM. Claverie et M. C. Facione.

Toutes les illustrations appartiennent à Mme Lacrampette-Chevreau, sauf mention contraire

L’équipe commerciale du dépôt du Vigean organise des caravanes publicitaires sur les routes de la région

L’équipe commerciale du dépôt du Vigean organise des caravanes publicitaires sur les routes de la région

La société Olida, en France, à Bordeaux puis au Vigean

Créée en 1885, la société Olida a ravitaillé l'armée française pendant la première guerre mondiale. Devenue leader de son secteur dans la charcuterie, la marque Olida, dont la maison mère était à Neuilly, a fait partie des plus importants industriels du domaine alimentaires des Trente Glorieuses et a acquis une image de qualité. Cependant, des tractations financières aboutissent à son achat, en 1993, par le groupe Fleury Michon.

À Bordeaux, le dépôt Olida était installé 14 rue de la Devise. La société Olida était inscrite sous le n° 5871 sur le registre du commerce conservé aux Archives de la Gironde (sous la cote 2002/026 registre 8 B). Dans ce dossier, nous relevons les renseignements suivants : « Création de l’entreprise le 18 septembre 1935 ; « Maison Olida » société anonyme au capital de 1 800 000 francs ; siège social 11 rue Drouot Paris ; succursale 14 rue de la Devise Bordeaux (vente en gros) ; fondé de pouvoir : Travers Robert, né le 17 octobre 1897 à Bouville (Eure-et-Loire) ; ré immatriculée sous le n° 57 B 501. Inscrite à Bassens le 10 février 1978 et radiée le 31 décembre 1992. »

 Le dépôt donnant sur l’avenue du Médoc au Vigean, précisément au n° 122

Le dépôt donnant sur l’avenue du Médoc au Vigean, précisément au n° 122

Madame Lacrampette nous raconte : « mon père, André Chevreau, arrive dans l’entreprise de Bordeaux vers 1937/1938 et y travaille en tant que magasinier. Pendant la seconde guerre mondiale, Olida débauche son personnel. Donc en 1944, M Chevreau, avec son épouse, s’occupe de la gestion de l’épicerie Bayard à Eysines, située à l’angle de l’avenue de la Libération et de la rue de Verdun.

devant le Palais des Fêtes à Eysines, en 1944

devant le Palais des Fêtes à Eysines, en 1944

 En 1950, Olida rappelle le personnel. M Chevreau devient VRP et crée les « tournées » sur le département de la Gironde. En 1959, il devient directeur du dépôt de Bordeaux. L’immeuble du 14 rue de la Devise appartient à M. Baron, issu d’une riche famille bordelaise. La bâtisse est grande avec un jardin intérieur de toute beauté. Le rez-de-chaussée et les caves sont occupés par Olida. Le premier étage et la moitié du second par la famille Baron. Le logement de fonction de M. Chevreau est situé dans l’autre moitié du deuxième étage. L’accès des camions devenant de plus en plus difficile rue de la Devise, Olida demande à M. Chevreau de chercher un terrain pour installer au mieux l’entreprise.

A ce moment-là, à Eysines, le dancing la Roseraie* est à vendre. Olida l’achète en 1963. Les bâtiments sont réaménagés pour en faire le nouveau dépôt. L’entreprise a pu compter jusqu’à une cinquantaine de salariés : une dizaine de chauffeurs, des magasiniers, du personnel de bureau et des commerciaux. Le dépôt Olida du Vigean livre les bouchers, charcutiers et épiciers de la Gironde, de la Dordogne, des Landes et du Lot-et-Garonne. Chaque dépôt Olida a des accords commerciaux avec des producteurs locaux et assure la vente de leurs produits. Ainsi à Eysines, les commerciaux Olida représentent aussi les poulets Galina et plus localement les poulets Bidou, les chocolats Suchard, des poulets du Lot, du Jambon de Bayonne, le foie gras Hans, etc… dont les livreurs assurent la livraison conjointement à celles des produits Olida.

Les camions Olida sur le parking au Vigean (Renault et Citroën)

Les camions Olida sur le parking au Vigean (Renault et Citroën)

Au Vigean, dans les bureaux du rez-de-chaussée, il y a le bureau de M. Chevreau, celui du secrétariat administratif, M. Belair ,  M. René Facione (père de Christian Facione),   assistés par deux secrétaires et celui de la comptable Mme Dulout.

L’équipe commerciale à la PergolaL’équipe commerciale à la Pergola

L’équipe commerciale à la Pergola

Dans l’entrepôt, quatre à cinq magasiniers se répartissent le travail. Les uns préparent les commandes en déposant les produits dans des caisses de bois qui circulent sur un tapis roulant. En fin de ce tapis, d’autres se chargent de mettre les commandes dans des cartons fermés par du scotch et identifiés avec le nom et l’adresse du client. C’est alors que les camions sont chargés.

Les clients payent directement les livreurs, souvent en espèces. Les livreurs ont chacun une sacoche de cuir qu’ils portent en bandoulière. De retour au Vigean, ils se rendent dans le bureau comptabilité. La comptable vérifie les comptes : entre les montants des factures et les espèces mises sur son bureau en piles de pièces et de billets, les résultats doivent être concordants ! Puis la comptable part à la banque avec la recette dissimulée dans un « cabas » sous quelques poireaux, le trajet de Olida à la banque peut ainsi se faire « incognito », le but étant de ne surtout pas attirer l’attention de chenapans et chapardeurs.

Les épouses et les enfants de l’équipe commerciale, les voitures personnelles dans les années 1960Les épouses et les enfants de l’équipe commerciale, les voitures personnelles dans les années 1960

Les épouses et les enfants de l’équipe commerciale, les voitures personnelles dans les années 1960

     Les livreurs et commerciaux se réunissent le lundi, journée sans livraisons. Le lundi devient donc aussi la journée d’entretien des camions. Le garage Claverie* est situé juste à côté. Ce garage, construit en 1952 ouvre, en 1958, une station-service sur la route du Médoc. Le lundi, M Claverie s’emploie donc à entretenir au mieux et au plus vite les camions ! En 1964, ce sont des Renault Goélette, puis il y aura des petits Saviem SG2. Le mardi, les livraisons reprennent et il faut que les camions soient prêts. Et ceci fonctionnera jusqu’à la fermeture du dépôt en 1985/1986, Olida part alors s’installer à Bassens.

Les livreurs et les représentants Olida au VigeanLes livreurs et les représentants Olida au Vigean

Les livreurs et les représentants Olida au Vigean

Entre temps, en 1968, M Chevreau a quitté Eysines pour Libourne, toute nouvelle usine ; il devient alors directeur commercial pour la région Aquitaine.

En 1970, M. René Facione prend donc la direction du dépôt Olida du Vigean, jusqu’en 1981, date où il prend sa retraite.

 MM Chevreau et Facione

MM Chevreau et Facione

C’est également la période de l’association Olida/Caby .Olida met sur le marché les  saucissons «Cochonou» dont le nom perdure encore. En 125 ans, OLIDA est devenu le premier salaisonnier d’Europe.

Photo de M Christian Facione

Photo de M Christian Facione

L’emplacement du dépôt Olida au Vigean est acheté par une grande surface. Celle-ci doit répondre à des normes de parking. Des anciennes maisons situées le long de la rue Gilbert Caudéran, ainsi que la maison entourée d’un grand terrain à côté d’Olida avenue du Médoc, sont donc démolies et ne subsistent que les maisons situées à l’embranchement de l’avenue de Picot, qui sont visibles encore aujourd’hui.

*La Roseraie : La Roseraie est construite dans les années 1947/1949, par M et Mme Deschamps. Ce terrain appartient à la famille de Madame Deschamps et jusqu’ à la construction de la Roseraie, il était laissé en l’état et servait de « gravière » (extraction de moellon et d’argile) pour ceux qui en avaient besoin ! Ce fut un café-restaurant-dancing avec une nombreuse clientèle pendant une quinzaine d’années. A la suite d’une violente agression, Mme Deschamps est restée paralysée puis est décédée peu de temps après. La famille Deschamps a alors vendu la Roseraie à Olida qui a transformé les locaux.

*Le garage Claverie : le père de M Claverie est le gendre de M Verdal, courtier en grains et fourrage, installé à cet emplacement du Vigean depuis 1921. En 1948, M Claverie décide de monter un garage pour faire l’entretien des camions de l’entreprise de Grains et Fourrage. Les camions livraient le grain en saison, puis les céréales des USA arrivant au port de Bordeaux, et même des poteaux de mines… Dans les années 1970, le commerce de grains et l’entreprise de transport se sont progressivement arrêtés et seul le garage est resté.

Nous aurions aimé trouver d’autres renseignements concernant le personnel de l’entreprise, la surface des locaux, etc…Mais nos recherches n’ont pu aller au-delà de ce que nous venons de vous rapporter.

Marie-Hélène Guillemet et Elisabeth Roux

Tag(s) : #vie économique
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