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Quelle est l’histoire d’Eysinoff, ce domaine qui porte le nom de notre commune avec une terminaison de consonance russe ?

Eysinoff, situé au sud de notre commune, limitrophe de Bruges à l’Est et du Bouscat au Sud  sur le plan de Bx Métropole et photo aérienne 2018(Google Earth)Eysinoff, situé au sud de notre commune, limitrophe de Bruges à l’Est et du Bouscat au Sud  sur le plan de Bx Métropole et photo aérienne 2018(Google Earth)

Eysinoff, situé au sud de notre commune, limitrophe de Bruges à l’Est et du Bouscat au Sud sur le plan de Bx Métropole et photo aérienne 2018(Google Earth)

Depuis de nombreuses années, nos recherches sur ce sujet étaient restées limitées car le Foyer Départemental de l’Enfance, propriétaire des lieux, nous avait répondu ne pas avoir d’archives.

Or, au cours de l’hiver 2017/2018, les Archives Départementales ont proposé une exposition : « Enfances-Grandir de la Renaissance au baby-boom ». Comme toujours, les documents exposés étaient accompagnés des références des archives. Le Centre de l’Enfance d’Eysines était, bien sûr, un des thèmes et les références du dossier notarial concernant l’acquisition du domaine en 1923 étaient indiquées. Nous avons attendu la fin de l’exposition pour que les documents aient le temps de retrouver leur place sur les rayonnages des archives et avons demandé à consulter cet acte. Sa lecture nous a permis de remonter jusqu’au 1er février 1758 !

Environ une dizaine de dossiers ont été relevés aux archives départementales, mais aussi de nombreux autres documents aux archives de Bordeaux Métropole, aux fonds patrimoniaux de la médiathèque de Mériadeck, aux archives municipales et à l’état civil de notre mairie.

Nous pouvons enfin vous parler d’Eysinoff.

La maison de maître et le chalet avec le château d’eauLa maison de maître et le chalet avec le château d’eau

La maison de maître et le chalet avec le château d’eau

*Nota : En 1921, Eysinoff s’écrit Eysinovv comme la mode le voulait à l’époque pour les noms russes. Cette dénomination du domaine est relativement récente car jusqu’en 1888 au moins, date d’acquisition de la propriété par M de Georges de Bargeton Verclause, ce domaine s’appelait Ravezies et c’est ainsi qu’il est noté sur les deux cadastres napoléoniens de 1811 et 1848.

1/ De 1758 à 1844, un grand domaine agricole

Jusqu’en février 1758, le domaine appartient aux « sieurs Joseph et Antoine Colonger, négociants et Jean Brun aîné marchand ». Ils le vendent alors à M. Jean Valeton.

Le 11 décembre 1770, M. Jean Valeton, sieur de Boissières, vend à M. Jean Ravesies (tous deux négociants à Bordeaux) « un bourdieu situé paroisse d’Eysines au lieu appelé au Vigean appartenant audit sieur Boissières, consistant en maison de maître, logement pour le valet, cuvier et autres bâtiments et aisances, cour refermée d’un mur à clairvoy, jardin, puits, vignes, charmilles, vivier, bois taillis, terres et d’autres possessions contiguës formant un grand tènement et séparé dudit tènement par le grand chemin et généralement tous les fonds en possession qui composent ledit bourdieu et en dépendaient, ceux qui ont été acquis par le sieur Boissières. »

Le reste du dossier nous rappelle que nous sommes sous l’ancien régime en ces termes : « Etant ledit bourdieu en fonds et dépendants en la censive et diversité, partie du chapitre St Seurin et autre partie de M Budoz procureur général au Parlement de Bordeaux et vend droits seigneuriaux dont ils sont tenus, quitte des arrérages du passé jusqu’à présent… »

L’énumération des meubles et objets dans l’écurie, le « chay », le cuvier nous décrit une propriété surtout agricole et viticole. La maison de maître compte déjà un étage et les ustensiles de la cuisine sont détaillés :« 2 gardales, 6 plats de terre, 1 cabinet, 1 vaisselier, 3 plats de soin, 1 table, 1 « … » et son pied, 1 paire de grill, 1 poêlon à 3 pieds, 1 tourtière, 1 lampe, 1 poêle à frire, 1 petit poêlon, 1 pot de fer sans couvercle, 1 tourniquet et sa broche, 1 lit garni », ainsi que les meubles des différentes chambres au rez-de-chaussée, à l’étage et ceux du vestibule : « 1 table de noyer, 2 grands bancs de jardin, 7 chaises, 1 grande et 1 petite table et allonges, 1 fontaine et son baquet, 8 tableaux, 1 lustre… »

                En 1790, M. Jean Ravesies décède et laisse pour héritiers ses quatre enfants : un garçon et trois filles. Deux des filles sont célibataires et Marie Rose Françoise Sophie est l’épouse de M. Bernard Yzard. C’est ce dernier qui se retrouve propriétaire de l’ensemble car son beau-frère et ses belles-sœurs lui vendent leur part.

Sur les matrices cadastrales, la propriété de M. Yzard a un total de 6 arpents 66p et 04m. Elle se compose de deux maisons (14p 66m et 23p 88m), d’agréments (les parcelles situées juste à côté des maisons se nomment ainsi), un jardin (42p 40m), pelouse, vignes, terres et taillis.

Cadastre de 1811

Cadastre de 1811

2/ De 1844 à 1888, le domaine de Ravezies

  • Les propriétaires et leur personnel

En 1844, M. Mathieu Marie Claire Yzard, fils de Bernard et Marie Rose Françoise Sophie vend son domaine de 40 hectares à M. Pierre Guichenet, « médecin vétérinaire du département de la Gironde, demeurant 4 rue d’Orléans à Bordeaux ». Sur certains documents M.Guichenet est dit maréchal vétérinaire à Bordeaux.

De 1844 à 1888, la famille Guichenet possède Ravezies.

En 1848, sur les listes électorales (dossier 1 K1 aux archives municipales) M. Guichenet Pierre, médecin vétérinaire, né le 31 mars 1799, figure avec un revenu total de 1 373,87 francs. Il est celui qui a le plus de revenus à Eysines, cette année-là.

En 1856, la famille est composée de M. Guichenet Pierre, 55 ans, de son épouse Thérèse Boisson, 42 ans, et de leur fils Jean, médecin, 24 ans. Une cuisinière et une femme de chambre sont aussi logées au domaine. Pour la partie agricole, il y a deux laboureurs, deux vachers, un bouvier, un palefrenier et une famille dont le père est charretier. Cette famille est présente au domaine sur tous les états nominatifs de 1846 à 1891 alors même que le domaine a changé de propriétaires ; quant aux laboureurs et vachers, ils changent au fur et à mesure des années.

M. Pierre Guichenet décède en 1860. Mme Guichenet et son fils héritent du domaine.

En 1876, les états nominatifs nous montrent une famille agrandie. Jean Guichenet, 47 ans, son épouse Lise Pauline Leroy 35 ans et leurs trois enfants (Fernand 13 ans, Marguerite 11 ans et Suzanne 9 ans) vivent toujours avec Mme Guichenet mère. La domesticité est plus importante pour s’occuper de tout ce petit monde :  Marie Bloz, professeur de 33 ans, une cuisinière, une femme de ménage et deux femmes de chambre. L’équipe agricole est toujours là avec des laboureurs, vachers auxquels s’est joint un vigneron.

En 1881, nous retrouvons la même composition de la famille Guichenet, aidée de deux cuisinières, deux femmes de chambre ; il n’y a plus de femme de ménage, ni de professeur mais les enfants ont alors de 12 à 19 ans ! le personnel agricole est toujours aussi important.

L’immeuble, détail des balcons et porte d’entrée de la maison rue Fondaudège L’immeuble, détail des balcons et porte d’entrée de la maison rue Fondaudège L’immeuble, détail des balcons et porte d’entrée de la maison rue Fondaudège

L’immeuble, détail des balcons et porte d’entrée de la maison rue Fondaudège

Nous supposons que la famille Guichenet ne vit pas constamment à Eysines. Elle possède une grande maison 55 rue Fondaudège à Bordeaux. Nous ne savons pas quand ils acquièrent cette maison rue Fondaudège mais en 1844 lors de l’achat de Ravezies, ils habitent 4 rue d’Orléans. (Cette maison a été démolie et remplacée par un immeuble…)

  • Le domaine agricole 

En 1844, M. Yzard vend à M. Guichenet : « toutes ses propriétés dans toutes les communes d’Eysines et du Bouscat côté gauche du Grand Chemin de Bordeaux à Blanquefort au lieu de Ravesies et Pezeou, consistant en maison de maître, bâtiments contigus d’exploitation et de servitude, jardin, enclos, vignes, bois, prairies, landes et pacages séparés en 2 parties principales par un chemin qui conduit du Grand Chemin à celui de Lescombes, le tout de la contenance approximative de 40 hectares. Ces propriétés sont les mêmes que M Yzard afferma verbalement à M Guichenet le 2 mai 1836 sur les parties des quelles se trouvent l’établissement de l’hippodrome avec ses amphithéâtres et les diverses constructions qui s’y sont affectées. » En effet, l’hippodrome du Bouscat a été inauguré en 1836. D’après le texte précédent, on peut supposer que M. Guichenet, vétérinaire, a acheté en 1844 le domaine à cause de l’hippodrome dont M. Izard lui avait affermé une partie des terres en 1836.

La même année (1844) l’acte précise : « Sont compris dans la présente vente : 1/ tous les objets réfutés d’immeuble à cause de leur destination et servant à leur culture et exploitation 2/ le cheptel, les meubles meublant dans les bâtiments). Le nombre d’employés agricoles (bouvier, vachers, palefrenier, vigneron…) confirme aussi que les terres de Ravezies sont cultivées.

Cadastre de 1848

Cadastre de 1848

 

  • Les bâtiments

En 1856, M. Guichenet demande un alignement au maire d’Eysines pour pouvoir clore sa propriété.

En 1858, M. Guichenet est imposé sur le bâti pour 1 porte cochère et 28 fenêtres et portes. Le bâti entre 1811 et 1848 a beaucoup changé. M. et Mme Guichenet ont déjà agrandi.

Comparaison du bâti de 1811 et de 1848Comparaison du bâti de 1811 et de 1848

Comparaison du bâti de 1811 et de 1848

En 1867 et en 1874, Mme Guichenet Vve née Boisson et fils en indivisi, sont imposés sur le bâti pour 1 porte cochère et 40 fenêtres. Les agrandissements se poursuivent donc.

Les matrices cadastrales nous révèlent que la construction, située le plus au nord, perpendiculaire à la route du Médoc est modifiée en 1864 ; la plus proche de la route est transformée en 1866 ; la maison de maître en pierre semble être modifiée en 1882.

Modifications de la famille Guichenet

Modifications de la famille Guichenet

 

3/ De 1888 à 1921, le domaine Eysinoff

Le 11 juin 1888, M. Charles Edouard de Georges, négociant, vice-consul* de Russie à Bordeaux, demeurant 4 rue Vauban acquiert le domaine.

La signature de M de Georges et monogramme sculpté au-dessus de la porteLa signature de M de Georges et monogramme sculpté au-dessus de la porte

La signature de M de Georges et monogramme sculpté au-dessus de la porte

                Nous n’avons pas trouvé l’acte de naissance de M. de Georges, nous ne savons donc pas où il est né, mais sans doute vers 1814. Sur les documents officiels, il est appelé certaines fois Charles Edouard de Georges de Bargeton Verclause ou Charles Edouard de Georges, comte de Bergeton Verclause ou simplement Edouard de Georges.

Le 31 août 1850, Maître Delaville, notaire à Bordeaux, enregistre un contrat de mariage entre « M. Charles Edouard de Georges de Bargeton Verclause, négociant, habitant 72 façade du Chartron et Melle Marguerite Gabrielle Maly Ténet, fille de Pierre Justin Ténet négociant et Jeanne Aladenize son épouse habitant 70 façade du Chartron, ….en présence de Mme d’Artaud et Melle Gabrielle Ténet , sœurs de l’épouse , M et Mme Blanchy, oncle et tante (M Blanchy est négociant et président du Tribunal de Commerce), M et Mme de Noaillans, cousins et M Sicard Comte de Noaillan et Delahaye amis des deux futurs ». Marguerite Gabrielle Ténet a alors 22 ans et Charles Edouard de Georges, 36 ans.

Les signatures sur l’acte de mariage

Les signatures sur l’acte de mariage

M. et Mme de Georges quittent les Chartrons pour acheter ou faire construire un immeuble au 4 rue Vauban (ce quartier émerge après 1820, pour relier Bordeaux aux Chartrons). Cet hôtel comporte cinq travées sur quatre niveaux (rez-de-chaussée, entresol, 1er étage avec balcon sur consoles et portes-fenêtres sculptées et 2ème étage.) Au-dessus de la porte, le monogramme de M. de Georges est toujours visible.

La maison rue VaubanLa maison rue Vauban

La maison rue Vauban

Deux enfants naissent à Bordeaux. En 1860, Henriette de Georges de Bargeton Verclause et le 4 mars 1868,

Guillaume Marie Maxime de Georges. Henriette se marie le 24 avril 1879 à Bordeaux à Charles Pierre Blanchy, né le 8 décembre 1851(fils de Joseph Charles Hercule 1821-1898 et de Emilie Jeanne Clémence de Lestapis 1827-1893). Ils habitent sans doute Bordeaux et, en 1919, leur adresse est 25 quai des Chartrons. Henriette décède le 25 avril 1947 à Bordeaux et son époux le 13 octobre 1925 à Bordeaux, inhumés tous les deux au cimetière de la Chartreuse. Quant à Maxime, en 1919 il est négociant et habite 44 cours de Verdun.

Le 24 novembre 1873, un courrier du Ministère des Affaires Etrangères ((à Versailles) au Préfet de la Gironde indique : « Monsieur le Préfet, il résulte de la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 10 de ce mois, qu’il n’existe aucun empêchement à l’admission de Monsieur Edouard de Georges comme vice-consul de Russie à Bordeaux.

Je vous prie en conséquence, Monsieur le Préfet, de vouloir bien donner les ordres nécessaires pour que cet agent soit reconnu en ladite qualité et qu’il puisse, notamment, remplir les fonctions qui lui sont conférées, en cas d’absence ou empêchement de monsieur de Lenz consul de Russie à la même résidence. Il est d’ailleurs entendu que Monsieur de Georges, qui est français, ne saurait se prévaloir de son titre pour se soustraire à aucune des obligations qui résultent de la loi commune à laquelle il doit être soumis à raison de sa nationalité.

Recevez Monsieur le Préfet, les assurances de ma considération la plus distinguée. »

Signé : Broglie  

* Nota : un vice-consul est un agent nommé par le Ministère des Affaires Etrangères pour assister les consuls. Il n’exerce pas de juridiction.

Le consulat de Russie

Le consulat de Russie

Nous savons aussi que, depuis le 22 février 1886, M Laurent Brosset est Consul Général de Russie à Bordeaux ; il a succédé à M Paul Lenz nommé le 24 novembre 1856. (Ces renseignements proviennent des archives départementales, dossier du Consulat de Russie : n° 1 M 1062).

Le 25 août 1892, M. de Georges et son fils Maxime établissent devant notaire une société « de Tenet et de Georges » commerce de vins et spiritueux.

Le 24 janvier 1893, M. Edouard de Georges décède. Son épouse et ses deux enfants héritent du domaine. Le 18 juillet 1893, « Monsieur Wachter Henry Alexandre vient d’être nommé vice-consul de Russie, hors cadre, à Bordeaux en remplacement de monsieur de Georges, décédé. »

La liquidation et le partage de la succession de M. de Georges se font en juillet 1893 et Mme de Georges donne jouissance à ses enfants, de l’héritage : il y a alors trois propriétés, celle de la rue Vauban, Eysinoff et l’Hermitage à Ludon mais aussi trois comptes courants chez Piganneau, Perrier et au Crédit Lyonnais ; des rentes, actions et obligations dans les chemins de fer français et russes, dans des mines de différents pays dont la Russie, rente russe, égyptienne, etc…

Durant la première guerre mondiale, en juillet et août 1918, Eysinoff est réquisitionné pour loger des troupes américaines : 3 à 6 officiers et une petite vingtaine de soldats.

Les américains à Eysines en juillet et août 1918Les américains à Eysines en juillet et août 1918

Les américains à Eysines en juillet et août 1918

« Le 19 septembre 1919 à 2h du matin, Marguerite Gabrielle Maly Ténet née à Bordeaux le 11 avril 1827, fille de Pierre Justin Ténet et de Jeanne Laure Aladenize, décédés, veuve de Charles Edouard de Georges de Bargeton Verclause, domiciliée à Bordeaux rue Vauban, décède à Eysinovv. » Acte de décès relevé sur le registre état civil d’Eysines.

Cependant, la famille de Georges ne figure sur aucun état nominatif. Sans doute vient-elle à Eysinoff pour profiter de la campagne pour quelques jours, délaissant provisoirement son hôtel particulier de la rue Vauban.

  • Le domaine

 En 1888, le domaine est décrit ainsi sur l’acte d’achat : « appelé Ravesies composé de maison de maître, logement de cultivateurs, écurie, remise, parc, grange et autres bâtiments, jardins, agréments, terres labourables, prairies et bois, le tout formant un enclos d’environ 10 hectares ».

Détails des maisons d’EysinoffDétails des maisons d’EysinoffDétails des maisons d’Eysinoff

Détails des maisons d’Eysinoff

Les bâtiments

Ce même acte détaille la maison de maître qui comprend deux étages. Au rez-de-chaussée le salon, le vestibule et la salle à manger sont meublés confortablement, semble-t-il. Puis viennent une cuisine, une petite chambre et une chambre de lissage à la suite, une chambre de bonne au-dessus. Un escalier donne accès à un vestibule qui dessert cinq chambres avec une « Chambre à bains : 2 baignoires en zinc, appareil à chauffage et pompe » et un « Cabinet de toilette à la suite :1 grande armoire, 4 chaises, 1 tabouret, 1 lavabo en marbre et accessoires, 1 porte-serviette. » Dans l’escalier, il y a aussi l’accès à une chambre de bonne.

En 1889, M. de Georges est imposé pour 1 porte cochère et 40 fenêtres. Rappelons qu’en 1874 c’était déjà ainsi. Mais en 1890, M.de Georges est imposé pour 2 portes cochères et 83 fenêtres, il y a donc eu de grands changements. D’après les matrices cadastrales, il semble que des modifications ont été apportées sur les trois maisons. Elles sont toutes trois marquées des styles architecturaux de la fin du XIXème siècle.

En 1899, Mme De Georges a l’autorisation de faire des travaux pour la « mise en service d’une chaudière à vapeur destinée à l’élévation de l’eau de sa propriété. » La tour ronde abrite un château d’eau.

Eysinoff

Les activités

Jusqu’en 1891, la famille d’ouvriers agricoles habitant le domaine depuis 1846 est toujours citée sur les états nominatifs.

A l’époque de Mme de Georges, la propriété viticole, comme le château Lamothe Lescure de M Montré, ne déclare pas ses vins à Eysines mais sans doute à Bordeaux où se situe leur négoce. D’après « Bordeaux et ses vins » de Ch Cocks aux éditions Féret, la production de Eysinoff est dans la moyenne des « grands propriétaires ». En 1920, la production est de 6 tonneaux, tandis que château Lescombes produit 18 tonneaux, château Bois Grammont de M Durousseau, château Cantinolles de M Girardeau et château Lamothe Lescure de M Montré en produisent 10.  D’après les annuaires de la Gironde, dans la rubrique « Vins » on trouve les noms des propriétaires et pour certains, une mention « grands propriétaires ». Château Eysinoff en fait toujours partie que ce soit sous le nom de M. de Georges Edouard, celui de Mme de Georges veuve ou celui de M Villenave, tout comme les châteaux Lamothe-Lescure, Bois Grammont, Cantinolles alors que château Lescombes n’est jamais mentionné dans cette catégorie…

 

4/ A partir de 1921, le Centre de l’Enfance

  • L’achat d’Eysinoff

Vers 1920, M. Maxime de Georges vend Eysinoff à M. et Mme Jean Henri Villenave, négociant en bois (nous n’avons pas trouvé la date exacte).

Le 7 janvier 1921, M. et Mme Jean Henri Villenave vendent le domaine au Centre de l’enfance, vente suivie le 23 janvier 1923 par une « transmission » à la Fédération des Œuvres Girondines de l’Enfance, œuvre reconnue d’utilité publique, dont le siège est à Bordeaux. M. Henri Ferdinand Charles Arnault, préfet de la Gironde, en est le président.

Le 1er décembre 1924, le foyer d’Eysinoff ouvre ses portes.

 

 

 

  • L’évolution du bâti
L’évolution du bâti du foyer de l’enfance

L’évolution du bâti du foyer de l’enfance

En 1921, Eysinoff est décrit ainsi dans l’acte notarié : « Un domaine appelé Eysinovv, précédemment « Ravesies », comprenant -Une maison d’habitation rez-de-chaussée, 1er étage et 2ème étage mansardé -Un chalet composant une maison d’habitation et un château d’eau avec machine à vapeur servant à l’élévation de l’eau -Un corps de bâtiment comprenant écuries, remises, sellerie, chambre de cocher, logement de paysan, vacherie, grenier à fourrages -un hangar à usage de magasin de fourrage et de bûcher -Parc composé de jardin d’agrément, jardin potager, futaie, vigne et prairie.

Le tout d’un seul tenant situé à Eysines, porté au plan cadastral sous les n° : de 757 à 772 & 894, section B, pour une contenance totale de 9 hectares 68 ares 30 centiares (Du nord à M. Magnan haie vive - De l’est chemin n° 114 de Bordeau à Lesparre - De l’ouest à M. Caudéran fossé mitoyen et 3 lignes brisées et M. Broca fossé mitoyen - Au sud du chemin n° 114 à l’hippodrome du Bouscat.)

En 1932, grâce au don de M. Faget, Conseiller Général, les travaux de construction de la pouponnière débutent.

Dans les années 50-60, cinq grands bâtiments sont construits. Le projet a été présenté à l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958 et primé comme étant une expérience d’architecture moderne. Les bâtiments avec de grandes baies vitrées et de très grandes surfaces (politique hygiéniste) sont constitués d’habitats avec dortoirs.

Ces nouvelles constructions portent chacune un nom : « pavillon la pouponnière » pour les bébés, « pavillon des fleurs » pour les préados filles, « pavillon de la ruche » pour les filles plus âgées, « pavillon des jeunes travailleurs » pour les ados garçons, « pavillon des sports » pour les préados garçons.

 

  • Le foyer de l’enfance pendant la seconde guerre mondiale

Durant la guerre, Eysinoff est occupé par les allemands, le foyer trouve refuge à l’hôpital des enfants dans une vaste propriété, au pont de Langon, sur la route de Toulouse.

 Du 18 juillet 1942 au 19 juillet 1942, un ordre de réquisition est édicté pour 15 chevaux, 15 chambres avec 10 lits pour infirmerie, 2 chambres avec cabinet de toilette pour 2 sous-officiers (Archives municipales « Réquisitions » n° 5H5)

 

 

 

  • Les enfants

L’état civil relevé à Eysines nous révèle une mortalité des bébés, terriblement impressionnante : 6 en décembre 1924, 44 sur l’année 1925, 39 en 1926, 22 en 1927.La plupart sont des bébés de quelques jours à 11 mois. Un enfant de 4 ans et un de 5 ans décèdent durant ces 3 années.

                En 1926, un dénombrement fait état de 79 pupilles à Eysinoff : une vingtaine de bébés, 25 enfants de 1 à 13 ans et des adolescents jusqu’à 20 ans maximum. Les plus grands sont souvent placés comme domestiques agricoles.

Après la guerre, avec ses 50 berceaux et ses 64 places pour enfants de 2 à 21 ans, le foyer n’a pas les moyens de répondre aux besoins d’un service d’aide à l’enfance en charge de 7000 enfants dont 2500 pupilles. Un grand programme de construction de bâtiments est engagé avec une volonté de construire à Eysinoff un foyer pilote, développant un point de vue moderne de la prise en charge de l’enfance.

 

  • Le personnel

Nous avons trouvé, aux archives municipales, des relevés du personnel pour  trois années. Nous constatons une augmentation très importante de cet effectif. En effet, en 10 années, nous passons de 9 à 24 personnes recensées.

En 1926 : un régisseur-secrétaire, deux infirmières, deux surveillantes, une cheftaine, une cuisinière, une lingère et un chauffeur.

Liste du personnel en 1926

Liste du personnel en 1926

En 1931 : un régisseur-secrétaire, une secrétaire, deux infirmières, cinq femmes de service, une couturière, deux surveillantes, une cuisinière, une lingère, une concierge, un jardinier et un chauffeur.

En 1936 : un régisseur-secrétaire, une secrétaire, trois infirmières, sept femmes de service, une couturière, deux surveillantes, deux cuisinières, trois lingères, une blanchisseuse, une concierge, un jardinier et un chauffeur.

 

Conclusion

Nous avons pris beaucoup de plaisir à découvrir ce passé si riche ! Mais avons-nous répondu à toutes vos interrogations sur ce lieu ?  Pour nous, beaucoup d’énigmes ont été résolues : le nom Eysinoff de consonance russe, le nom Ravezies sur les cadastres, le nom de Guichenet médecin sur les listes eysinaises alors qu’il n’est pas médecin à Eysines, etc…

Au début du XIXème siècle, cet endroit est situé en pleine campagne, l’hippodrome s’installe et la « campagne perdue » devient un lieu couru des Bordelais. M. Guichenet vétérinaire est tout près de son lieu de travail, il commence à développer le domaine agricole et le bâti. La famille de Georges embellit encore les bâtiments mais les agréments et prairies sont toujours bordés de terres agricoles. Enfin le foyer de l’enfance, pour répondre à des besoins grandissants, construit de nombreux pavillons en essayant de donner un cadre des plus agréables à une enfance malheureuse…

 

Marie-Hélène Guillemet, Dany Lagnès, Paulette Laguerre, Michel Legros, Elisabeth Roux

 

Tag(s) : #Histoire
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