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Merci à M Jean Pierre Méric, pour sa belle visite détaillée, tant sur les diverses constructions de l’abbaye et de l’église, que sur l’organisation de la vie monacale à Bordeaux sous l’ancien régime et sur les droits féodaux des seigneuries ecclésiastiques. Cette visite guidée passionnante aura duré près de 3 heures ….

 

Rappelons que M Jean Pierre Méric connait très bien cette abbatiale puisqu’il a reçu le prix 2009 de la Fondation du Patrimoine pour la brochure Abbatiale Sainte-Croix. Il a aussi publié un article sur les restaurations et constructions d'églises au XIXe siècle dans le diocèse de Bordeaux, dans la Revue Archéologique de Bordeaux, n° 103, 2012 …M Méric est aussi responsable des publications « les cahiers méduliens », président de la société archéologique du Médoc ……

tableau de La Croix

tableau de La Croix

Le nom de Sainte-Croix est donné assez régulièrement aux IX et Xème siècles. De nombreuses églises, monastères et communes portent son nom. La Sainte Croix, dite également Vraie Croix tient un grand rôle dans la Légende Dorée. Selon la tradition chrétienne, c'est Sainte-Hélène, la mère de l'empereur Constantin Ier, qui aurait découvert la Croix de Jésus en 326. Deux fêtes marquent l'importance de cette relique : le Recouvrement de la Croix (3 mai) et l'Exaltation de la Sainte-Croix (14 septembre).

plan ancien de l'abbaye

plan ancien de l'abbaye

Histoire de l’Abbaye:

L’abbaye est construite au VI ou VIIème siècle, au confluent de la Garonne et de l’Eau Bourde : sur l’Eau Bourde, un moulin et sur les terrains, l’abbatiale et les bâtiments conventuels. L’église donne vers la ville car c’est aussi une paroisse. A l’époque une abbaye est simplement une communauté qui prie ensemble.

Saint-Mommolin y serait mort le 8 aout 679, au retour d’un voyage. Mommolin était le deuxième abbé de Fleury-sur-Loire (aujourd’hui Saint-Benoit-sur-Loire) vénéré pour la guérison des maladies mentales. Il y avait alors à l’emplacement du lycée Gustave- Eiffel, un lieu où étaient enfermés les fous.

Les moines suivaient la règle bénédictine. L’abbaye originale est détruite par les Sarrazins autour de 730, puis probablement reconstruite à la fin du même siècle. Elle est de nouveau totalement détruite par les terribles raids normands de la moitié du IXème siècle. De ce premier édifice, suite aux différentes invasions, il ne reste rien, tout est détruit.

Au IXème siècle, Guillaume-Le-Bon fait une donation de terrains pour une communauté de 13 moines avec leur abbé. Des paroisses et les 2 prieurés de Saint- Macaire et de Soulac y sont ajoutés. Cette abbaye, sous la règle bénédictine, perdure jusqu’au XIVème siècle ; les moines élisent leur abbé.

Les moines demandent que la Jurade bâtisse la troisième enceinte en enserrant le monastère. Un morceau de rempart est encore visible.

Au XVème siècle, les moines suivent de moins en moins la règle. Ils délaissent l’entretien des bâtiments et certains s’écroulent. Les moines se créent des lieux privés à l’intérieur de l’abbaye… ils entrent et sortent…C’est l’ambiance générale de la chrétienté…. Les abbés laissent peu à peu s'écrouler les « lieux réguliers », cuisines, dortoirs, réfectoires, etc.

Le Concile de Trente (1545-1563), suite à la Réforme de 1533, va tenter de remettre de l’ordre. Le souci nouveau porté à la formation des prêtres change le visage de l'Église catholique. C'en est fini des curés et moines incultes et laxistes. Le concile instaure des séminaires. Les nouveaux prêtres, en soutane, se montrent instruits, habiles à la rhétorique et rigides sur le plan des mœurs.

intérieur de l'abbaye occupée aujourd'hui par les Beaux Arts
intérieur de l'abbaye occupée aujourd'hui par les Beaux Arts

intérieur de l'abbaye occupée aujourd'hui par les Beaux Arts

peintures anciennes à l'emplacement de la chaire
peintures anciennes à l'emplacement de la chaire
peintures anciennes à l'emplacement de la chaire

peintures anciennes à l'emplacement de la chaire

Les moines de la Congrégation de Saint-Maur obtiennent en 1664 la permission de construire un nouveau monastère qui est terminé en 1672. Ils veulent une église à la mode et suppriment alors des « choses » qui ne leur plaisent pas. Ils font construire une grande sacristie adossée au chœur et transforment le chœur qu’ils agrandissent aussi pour y installer leurs trente stèles. L’église est alors totalement peinte avec des motifs en trompe l’œil, dont certains resurgiront lors de différents travaux au XXème siècle (lorsque l’on retire la chaire, par exemple).

Saint-Maur aura jusqu’à trente bénédictins travaillant et priant, qui vivent dans l’enceinte de l’abbaye. Les abbayes dépendent du pouvoir royal, qui nomme les abbés. Les abbayes possèdent des terres qui leur permettent de toucher des manses. Les monastères achètent alors le maximum de terres pour rentabiliser, mais ils seront souvent aussi en faillite !! Les revenus doivent subvenir à tous les frais, mais bien peu sont dévolus à l’entretien des bâtiments d’où, en général, l’état lamentable des églises à la veille de la Révolution.

la fontaine du XVIII

la fontaine du XVIII

Au XVIIIème siècle, la fontaine du square Dom Bedos est construite et de jolies grilles en fer forgé sont aussi ajoutées en fermeture des bâtiments abbatiaux ;

L'abbaye est affectée en 1793 à un hospice. En 1890, on y installe l'École des Beaux-Arts. Mais les corridors, la bibliothèque conservent leurs voutes de briques et de pierres ; à la cuisine et dans les caves les voutes ne sont que de pierres.

Pendant la révolution les tableaux de Sainte-Croix seront mis avec les autres biens des églises, monastères et biens privés, au couvent de la Visitation et dans celui des Feuillants, à l’angle de la rue Victor Hugo et du boulevard Pasteur (emplacement actuel du musée d’Aquitaine et de l’école Paul Bert).

l'église avant et après le XIX ème
l'église avant et après le XIX ème

l'église avant et après le XIX ème

L’église :

De l’époque du Xème siècle, il ne reste que les deux bas-côtés, en petit appareil et une partie des murs du transept. En effet au XIème siècle il n’y a pas de piliers, mais la nef est ceinte de murs à arcades qui soutenaient une charpente.

Au XIIème siècle, on construit le chevet et les deux absidioles ; le transept est « raccourci » suite à une inondation. Enfin vient le portail, dernier élément de la construction de l’église.

C’est alors que les grands piliers carrés sont construits, sans doute pour recevoir une voute romane qui ne se fera pas.

L’argent manque mais Plantagenet donnera des fonds pour terminer l’église. Les voutes sont alors édifiées ainsi que le bas-côté sud, puis le bas-côté nord et la nef ; l’église sera achevée au milieu du XIIIème siècle.

le portaille portaille portail

le portail

 

Le portail : il comporte cinq voussures. La première montre des oiseaux perchés, la deuxième des tireurs de corde (symbolise les efforts que l’âme doit faire pour atteindre le Paradis), la troisième de petits bonshommes, la quatrième les signes du zodiaque et la cinquième les vieillards de l’apocalypse jouant des instruments symphoniques.

Les deux petits portails sont d’origine. Le statuaire au sud représente la luxure ; seule la statue à droite est une copie.

Au-dessus du portail, la galerie des apôtres est totalement du XIXème siècle.

La niche avec le cavalier (XIXème siècle)) est une iconographie romane très répandue, mais réinventée par Abadie qui nous montre Saint-Georges terrassant le dragon.

Visite de Sainte Croix, samedi 11 mars 2017
Visite de Sainte Croix, samedi 11 mars 2017

L’intérieur : les chapiteaux ne sont qu’à décors floraux. Au-dessus des arcades, huit médaillons : deux sont cachés par le buffet du grand orgue, il y en manque deux car ils devraient il y en avoir douze. Ils ont sans doute été enlevés au niveau du chœur lors de la rénovation du XVIIème siècle, par les moines de Saint-Maur.

Le Christ est en bois de peuplier peint, sans doute d’origine espagnole car les pieds ne sont pas croisés. Il y a donc 4 clous.

Le Christ est en bois de peuplier peint, sans doute d’origine espagnole car les pieds ne sont pas croisés. Il y a donc 4 clous.

La pierre sur laquelle repose l’autel était une pierre du baptistère ; elle représente la Scène.

La pierre sur laquelle repose l’autel était une pierre du baptistère ; elle représente la Scène.

Les piliers les plus près du chœur ont été maçonnés pour les renforcer et éviter l’affaissement.

Les tableaux datent tous du XVIIème siècle, œuvres de peintres locaux : Saint- Mommolin, Saint-Antoine ermite, Saint-Michel terrassant le dragon, Saint-Augustin, le retour de la Sainte-Croix, etc.

Dans une chapelle du bas-côté nord perdurent les peintures du XIXème siècle, un dais de procession, la chasse avec les reliques de Saint-Mommolin…

quelques tableaux et une chapelle avec ses peintures murales
quelques tableaux et une chapelle avec ses peintures murales
quelques tableaux et une chapelle avec ses peintures murales
quelques tableaux et une chapelle avec ses peintures murales

quelques tableaux et une chapelle avec ses peintures murales

Les rénovations du XIXème siècle :

Au XIXème siècle, Victor Hugo, Stendhal, Théophile Gauthier ( qui vient voir les « scènes crapuleuses du Moyen-Age » !!), tous en voyage à Bordeaux, à différentes périodes, témoignent de l’état déplorable de l’église. Tous les bâtiments ecclésiastiques sont en mauvais état. Ce n’est pas la révolution qui a fait le plus gros dégât. Avant cette période, les constructions ne sont pas entretenues depuis des siècles !

Monseigneur d’Aviau, en 1806, « s’installe » à Sainte-Croix car la cathédrale est en piteux état ; le diocèse doit reprendre sa place. Les prêtres réapparaissent, ceux qui avaient prêté serment à la révolution et ceux qui s’étaient cachés. Monseigneur veut recréer le clergé en le rendant de plus en plus instruit. Monseigneur de Cheverus, arrivant de Boston, continue l’œuvre de son prédécesseur. Il meurt en 1837 et Monseigneur Donnet poursuit. Il veut que le culte soit visible, il faut donc construire des édifices et restaurer ceux qui ne sont pas trop abîmés.

La première restauration de Sainte-Croix débute avec Durand qui s’attèle au portail.

Dans la lignée de Violet-le-Duc, Abadie s’interroge sur le travail des époques romanes et gothiques et refait comme cela aurait dû être fait !! Et le curé de Sainte- Croix aimerait une église « à la mode ». Sainte-Croix est classée aux monuments historiques en 1840.

Sainte-Croix ne possède alors qu’un clocher au Sud. C’est de ce côté que sont accolés les anciens bâtiments de l’abbaye qui servent alors d’hôpital et d’hospice ; mais les cloches dérangent…On décide de reconstruire un clocher au nord. Abadie s’emploie à différents projets plus ou moins grandioses pour ce nouveau clocher, en s’inspirant de ses travaux à Angoulême et Périgueux. Le clocher sera moins haut que prévu (les sols marécageux en sont sans doute une des causes).

La rénovation du portail se poursuit. Abadie dessine le statuaire roman existant dans toute l’Aquitaine et avec son sculpteur Pascal exige un travail le plus exact possible.

Le chœur est refait en néo-roman par Charles Burguet : cul-de-four, fenêtres, arcatures, sur le modèle de Saint-Macaire. Les deux absidioles sont totalement refaites.

Elisabeth Roux & Dany Lagnès

Tag(s) : #visites

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